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LES QUESTIONS
ET LA RÉPONSE

Denis BOISSIER

Question :

Pourquoi le 19 mai 1658, Thomas Corneille écrit de Rouen à son ami l’abbé de Pure que son frère et lui attendent l’arrivée de la troupe de Madeleine Béjart ?

Réponse :

Parce que les deux frères Corneille connaissaient bien Madeleine Béjart, Molière et leurs compagnons, et cela depuis le printemps/été 1643. Ils ont sans doute eu aussi de leurs nouvelles par l’intermédiaire du musicien-poète Dassoucy, ancien collaborateur de Pierre Corneille pour Andromède et ami de Molière et ses compagnons avec lequel il séjourna longuement en 1654. Il est aussi possible que le Comédien, seul ou avec la troupe, ait séjourné plusieurs fois à Rouen. Au printemps 1658, la Troupe fait un second séjour de plusieurs mois à Rouen où elle loge au jeu de paume des Braques, à quelques pas de la demeure des Corneille. Les deux frères, séduits par Marquise du Parc, lui écrivent des poèmes galants.

Question :

Pourquoi La Grange, comédien et biographe de Molière, écrit-il : « En 1658, ses amis lui conseillèrent de s’approcher de Paris en faisant venir sa troupe dans une ville voisine : c’était le moyen de profiter du crédit que son mérite lui avait acquis auprès de plusieurs personnes de considération, qui, s’intéressant à sa gloire, lui avaient promis de l’introduire à la Cour. » ?

Réponse :

Puisque La Grange ne mentionne pas le nom des « personnes de considération qui, s'intéressant à sa gloire,  lui avaient promis de l’introduire à la Cour », il ne peut s’agir que des frères Corneille ; d’autant que Molière s’établit à Rouen et nulle part ailleurs. L’éminent Jean-Louis Loiselet est de cet avis :  « Molière multiplie ses efforts sans désespérer et finalement, sans doute en partie grâce à l’appui des Corneille, il peut approcher « Monsieur, Frère du Roy », qui lui ménage une occasion de produire ses talents devant le souverain. ». L’éminent Georges Mongrédien le pense aussi : « Il n’est pas interdit de penser non plus qu’à Rouen, Molière ait sollicité et obtenu l’appui de Corneille. »

Question :

Pourquoi La Grange, comédien et biographe de Molière précise-t-il que Molière, fin 1658, quitta Rouen pour se rendre plusieurs fois à Paris « secrètement » ?

Réponse :

La troupe savait qu’elle devait essayer de s’implanter dans la capitale. De plus, l’absence de Molière ne pouvait pas passer inaperçue. Ce n’est donc pas le fait de monter à Paris que Molière pouvait vouloir cacher, mais la raison qui le faisait y aller maintenant. Cette raison, c’est son association avec Pierre Corneille (qui a toujours eu le goût du secret). Il est dorénavant le Légitimé de Corneille. Non pas de façon honorifique comme en 1643, mais cette fois-ci en tant que porte-parole de Corneille. C’est avec Pierre Corneille que Molière "monte" à Paris en octobre 1658. Et c’est avec son mentor qu’il va commencer sa carrière parisienne en n’interprétant que le théâtre de… Corneille.

Question :

Pourquoi, à leur arrivée à Paris en 1658, Madeleine Béjart cesse-t-elle d’être la directrice de la Troupe pour n’être plus que « simple sociétaire » ? Qu’a donc Molière depuis 1658 qu’il n’avait pas auparavant ?

Réponse :

Molière s’est définitivement associé avec Pierre Corneille, comme, désormais tout passera par eux, Madeleine Béjart se fait plus discrète. A leur arrivée dans la capitale, le vieux Charles du Fresne qui fut longtemps le co-directeur de la Troupe s’était retiré et avait pris sa retraite.

Question :

Pourquoi Molière joua-t-il  souvent en province le personnage de Mascarille, mais sitôt arrivé à Paris, il incarna uniquement Sganarelle «  personnage qui se situe à l’opposé du précédent. […] Pour des raisons difficiles à déterminer, il abandonne Mascarille après 1659, malgré le succès que lui a valu ce rôle. » ? (J.-M. Pelous « Les Métamorphoses de Sganarelle : la permanence d’un type comique », Revue d’Histoire littéraire de la France, 1972, p. 821)

Réponse :

Désormais c’est Pierre Corneille qui lui écrit ses rôles : «  De Mascarille à Sganarelle il n’y a aucune commune mesure. […] Du meneur de jeu au cocu en puissance ou en acte il y a un renversement complet dans la conception du premier rôle comique et, à première vue, ce nouveau style de jeu semble beaucoup moins séduisant. Cependant Sganarelle prend aussitôt sur son rival une éclatante revanche : Mascarille peut donner, le temps du spectacle, l’illusion de la vie, mais il n’a pas d’âme ; sa mobilité dissimule le vide intérieur du personnage. Chez Sganarelle au contraire un corps malhabile et sans grâce recèle une humanité et une sensibilité qui ne tarderont pas à s’exprimer.  » (J.-M. Pelous, op. cité).

Question :

Pourquoi Grimarest, son premier biographe écrit-il : « Lorsqu’on lui a demandé ce qui l’avait engagé à prendre celui-là [de pseudonyme] plutôt qu’un autre,  jamais il n’en a voulu dire la raison, même à ses meilleurs amis» ?

Réponse :

« Molierer » est l’ancien verbe pour légitimer. C’est Pierre Corneille qui donna à Poquelin lors de son long séjour à Rouen en 1643 son nom de théâtre : « Moliere » (toujours écrit sans accent par Poquelin) et le légitima. Molière a d’abord voulu réussir dans la tragédie avant de prétendre haut et fort qu’il était le Légitimé de Corneille. Et en 1661, quand il comprit, avec Dom Garcie de Navarre, qu’il ne serait jamais un tragédien, il s’était déjà fait trop d’ennemis avec Les Précieuses ridicules pour songer à dévoiler quoi que ce soit de l’origine de son pseudonyme et de sa foudroyante carrière.

Question :

Pourquoi en  1662 Pierre Corneille quitte-il pour toujours Rouen, où il a vécu toute sa vie, pour s’installer à Paris ?

Réponse :

Parce que depuis 1661 son associé Molière est le directeur du théâtre de Paris qui rapporte le plus d’argent. Désormais les satires vont pouvoir se succéder, d’autant que le public en réclame toujours davantage. Dès son arrivée dans la capitale, Corneille va mettre au point une stratégie commerciale entre le Palais-Royal de son prête-nom Molière et l’Hôtel de Bourgogne de son porte-parole Floridor, stratégie que la critique moderne prend à tort pour la « Querelle de l’Ecole des Femmes », où elle croit voir une antipathie entre Molière et Corneille, alors que c’est tout le contraire. Certains moliéristes l’ont d’ailleurs pressenti, ainsi Louis Moland : « leurs ennemis avaient essayé de les animer l’un contre l’autre. […] Ces efforts de la malveillance n’obtinrent pas le succès qu’on se proposait. Les meilleurs rapports s’établirent entre Corneille et Molière. »

Question :

Pourquoi Molière, dans L’Ecole des Femmes, semble-t-il se moquer de lui-même ? « Comment admettre que Molière se fût dépeint sous les traits d’Arnolphe dans sa comédie contemporaine de son mariage, 20 février 1662 ? On ne se bafoue pas soi-même, on ne se ridiculise pas sciemment aux yeux de celle qu’on aime et de qui l’on veut être aimé. » (Paul Lacroix).

Réponse :

Tout s’explique si Corneille est l’auteur de la pièce, d’autant qu’Arnolphe est un homme âgé. Corneille qui a épousé une femme de onze ans sa cadette, et qui est l’amoureux dédaigné de Marquise du Parc, connaît bien les problèmes liés à la différence d’âges. Sans doute a-t-il voulu avertir son associé qui venait de se marier.

Question :

Pourquoi l’Avertissement des Fâcheux (1661) précise-t-il que « tout cela ne fut pas réglé entièrement par une même tête » ?

Réponse :

« C’est l’occasion pour Molière de montrer sa fécondité, sa souplesse, son ingéniosité ; en quinze jours, il conçoit, écrit, fait répéter, représente Les Fâcheux. » (Gustave Michaut). Or nous savons, par le Registre de la Troupe, que pendant ces deux semaines Molière et  ses compagnons ne cessent de jouer. Où aurait-il trouvé le temps de versifier ? Pour avoir la réponse, quelle pièce interprètent-ils entre deux répétitions des Fâcheux ? Héraclius... de Corneille, le poète le plus rapide de son siècle (il composa les mille huit cents vers de Polyeucte en vingt jours ; Psyché en quinze jours ; la tragédie Œdipe en moins de deux mois).

Question :

Pourquoi l’éditeur Quinet a-t-il adressé un exemplaire du Dépit amoureux (1662) au Conseiller du Roi, Lieutenant-général civil et criminel au baillage de Paris en lui précisant que cette comédie est « de l’Auteur le plus approuvé de ce siècle », alors que Molière est, depuis 1660, comme l’a dit Somaize :« le premier farceur de France » ?

Réponse :

Puisque Molière, qui a signé la pièce, est un amuseur populaire qui déplaît particulièrement à l’aristocratie, Quinet confie au Conseiller du Roi, (auquel il ne veut pas risquer de déplaire ainsi qu’il le précise), que cette comédie est « de l’Auteur le plus approuvé de ce siècle », et c’est pourquoi il la lui offre. Pareille formule ne peut concerner que celui qui est pour tous, notamment pour l’ordre établi, « la gloire de la France » : Pierre Corneille.

Question :

Pourquoi le monologue final de l’acte III de L’Ecole des Femmes (1662) est-il de style si romain qu’il détonne ? « Il peut sembler étrange que Molière, en le faisant parler, ait comme oublié l’univers comique où se mouvait son héros, et que, ménageant ainsi de bien curieuses ruptures de ton, il lui ait donné un langage qui convînt aussi mal à la situation.» (Raymond Picard).

Réponse :

Il n’y a rien d’ « étrange » : Corneille écrit en visant la hauteur, Molière joue pour le "parterre". Ce que la critique croit propre au style de Molière, ces « ruptures de ton », est en fait la réunion de deux styles diamétralement opposés : celui de Pierre Corneille et celui du collaborateur (presque toujours différent) qui a travaillé sur telle ou telle pièce dans le but exclusif de faire rire. Les mêmes ruptures de ton, les mêmes différences de styles se retrouvent dans toutes les pièces essentielles et plus encore dans Dom Juan, Tartuffe, Le Misanthrope.

Question :

Pourquoi Molière se moque-t-il de ses comédiens dans L’Impromptu de Versailles (1663) ? Gustave Michaut s’étonne : « Quelle raison aurait-il d’indisposer contre lui ses associés, alors qu’ils témoignent de leur fidélité ? »

Réponse :

Avec Pierre Corneille comme auteur de cet Impromptu, tout s’explique : n’étant pas membre de la troupe, il n’a aucun contentieux avec les comédiens, et peut tirer quelques traits sans craindre de les vexer. De sa part, c’est une aimable satire. Venant de Molière, cela aurait passé pour un règlement de comptes. Par la bouche de son porte-parole, Corneille critique tous les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne qui « ronflent » les vers, excepté son protégé Floridor dont le jeu est « naturel ».

Question :

Pourquoi dans la Préface d’Attila (1667), Corneille oublie-t-il son propos, la Tragédie (et la sienne en particulier), pour défendre la Comédie contre les attaques des dévots hypocrites alors qu’il est censé ne plus écrire de comédies depuis plus de vingt ans ?

Réponse :

Tartuffe qu’il a écrit pour Molière vient d’être interdit une nouvelle fois (5 août 1667).

Question :

Pourquoi la Préface de Tartuffe (1669) utilise-t-elle, pour désigner les nouvelles pièces à la mode, la formule : « les spectacles de turpitude » ?

Réponse :

L’expression, latine, est de saint Augustin. Corneille l’avait déjà employée dans la Dédicace de sa Théodore, vierge et martyre (1645). La colère qui l’animait vingt-cinq années plus tôt est donc toujours aussi vive. De même, dans cette préface : « Molière s’appuie des "pièces saintes de M. Corneille", pour faire valoir le droit d’intervention du théâtre en matière sérieuse ; Polyeucte, avec raison, lui paraît un précédent pour Tartuffe. » (Sainte-Beuve, « Molière », Les Grands écrivains français, rééd. 1927).

Question :

Pourquoi le théâtre de Molière contient-il tellement de références au langage juridique si Molière n’a pas exercé la fonction d’avocat ni fait des études de Droit ?

Réponse :

« A partir de 1629, à 23 ans, après les quatre années réglementaires de barreau, et durant vingt-deux ans, au rythme de trois audiences par semaine en principe, Corneille défend donc les intérêts de la Couronne dans des procès de batellerie, de droit de chasse ou de pêche, de droit de coupe, et sera sur les registres des audiences de l’Amirauté au moins jusqu’en 1645. Il gardera cette connaissance – qu’il partage avec beaucoup de ses semblables tant le droit faisait alors partie des humanités – et de cette pratique juridique – qui lui est propre –,  à la fois des préoccupations, des systèmes de pensée et des façons d’exposer les cas, voire de les juger, qu’il utilisera plus tard dans ses œuvres. » (Christian Biet, Moi, Corneille, 2005, p. 20).

Question :

Pourquoi Molière se cite-t-il aussi souvent ? Par Exemple : « Ce qu’il y a de meilleur en elle [la pièce Dom Garcie de Navarre], Molière a su le réutiliser en temps voulu. On ne pense pas à ces vers isolés, réduits parfois à des hémistiches, semés dans Tartuffe, dans Amphitryon et dans Les Femmes savantes, mais à cette longue scène de l’acte IV, reprise presque intégralement dans Le Misanthrope. » (Alfred Simon, Molière, une vie).

Réponse :

Parce que Corneille a toujours pratiqué l’auto-citation. Aucun auteur ne s’est cité dans une telle proportion (Cf. Francis Rostand, L’Imitation de soi chez Corneille, 1946) Aucun auteur, sauf, bien sûr, Molière. Et toujours les œuvres que Molière réutilise sont celles qui ont le style de Corneille. Et il les replace toujours dans une pièce que nous attribuons à Corneille. « Il est bien rare que deux poètes aient la même conception du travail, les mêmes mètres, les mêmes artifices de métier. Encore plus rare qu’ils aient les mêmes tics… » (Henry Poulaille, Molière sous le masque de Corneille, 1957, p. 187)

Question :

Pourquoi Molière, qui s’est toujours montré excellent chef d’entreprise, continue-t-il de payer les tragédies de Pierre Corneille 2 000 livres, soit quatre plus qu’aucun autre auteur, même célèbre, alors que chaque fois ces pièces rapportent de moins en moins ?

Réponse :

Parce qu’il gagne beaucoup, beaucoup plus quand ce même Corneille écrit pour lui (Les Précieuses ridicules, L’Ecole des Femmes ou Tartuffe sont les pièces qui lui ont fait gagner le plus d’argent). La preuve : sitôt Molière disparu, sa troupe ne voudra plus jouer le Corneille "pur et dur" qui, depuis longtemps, ne rapporte plus assez. «« Ce qui prouve combien Molière manquait à Corneille, c’est que ses successeurs ne donnaient rien ou presque rien du répertoire cornélien depuis la mort du fondateur de la troupe. […]Depuis la mort de Molière, le nom de Corneille avait perdu presque toute influence sur les comédiens de la rue Guénégaud [la troupe d’Armande]. » (Arthur Heulhard).

Question :

Pourquoi Molière ne fut-il jamais pressenti pour être membre de l’Académie française, comme le fut son ami Boileau, ainsi que Racine, Pierre et Thomas Corneille ?

Réponse :

Bien que protégé de Louis XIV, Molière ne songea jamais à se présenter parce qu’il savait qu’il était comédien et metteur en scène. Or les statuts de l’Académie française lui interdisent d’envisager l’élection d’un comédien. Si, au lieu d’être le prête-nom de Pierre Corneille, il avait été un écrivain à part entière, protégé comme il l’était par Louis XIV, rien n’aurait pu l’empêcher d’en être membre. Mais à l’époque, chacun savait qui était Molière. Comme le dit l’éminent Gustave Larroumet, lorsque le Roi pensionna le Comédien comme s’il était un écrivain « le public d’alors et eux-mêmes  [les écrivains]  furent aussi étonnés de voir Molière figurer à côté d’eux : un bouffon, auteur de quelques grosses farces et de deux ou trois comédies mal intriguées, mis au rang des hommes de lettres les plus considérables ! En l’inscrivant sur sa première liste de pensions, Louis XIV heurtait le préjugé plus directement encore que ne l’eût fait Napoléon 1er en comprenant Talma parmi les premiers membres de la Légion d’honneur. » (La Comédie de Molière, l’auteur et le milieu, 1903). En conclusion, comme le disait l’éminent Henry Lyonnet : « Qu’on ne s’y trompe pas. Ce sont les siècles suivants qui ont placé Molière sur le piédestal où nous le trouvons. » (Mademoiselle Molière, 1933).

Question :

Pourquoi la veuve de Molière, mit-elle sur le cercueil du défunt le poêle des tapissiers ? « Ce poêle a choqué, Molière ayant été un peu moins notoirement tapissier que comédien remarquable, bien mieux encore, très grand poète. » (Paul Mesnard Notice bibliographique sur Molière, in Œuvres de Molière, T. X, 1927.)

Réponse :

« Sa veuve voulut montrer ainsi, par une sorte d’ultime et publique déclaration, que son mari était demeuré étranger à l’œuvre théâtrale qu’on lui imputait. » (Maurice Garçon, « Sous le masque de Molière », 1919). Il est vrai qu’Armande n’avait guère aimé son défunt époux dont elle s’était très vite séparée.

Question :

Pourquoi Corneille doit-il quitter en 1674 son appartement de la rue des Deux-Portes pour un logement plus modeste de la rue de Cléry ?

Réponse :

Parce que Molière vient de décéder et que Corneille sait que la troupe, désormais dirigée par Armande, ne jouera plus ses tragédies puisqu’il est passé de mode depuis longtemps. Maintenant qu’il n’écrit plus des succès pour le grand Comique, Corneille n’est plus qu’un auteur de tragédies en perte de vitesse : financièrement, il n’est plus rentable. La mort du Comédien a mis fin aux revenus que lui procurait son association avec lui. Le corneilliste Armand Le Corbeiller écrit : « Il est permis de conjecturer que c’est chez l’un des nombreux frères de Poquelin père : Robert Poquelin, prêtre et docteur en Sorbonne, propriétaire d’un immeuble avec jardin, que les Corneille louèrent deux logements. [...] Sans affirmer que ce soit là la demeure des Corneille, de grandes probabilités le suggèrent parmi lesquelles la plus évidente : les relations de constante amitié qui lient la famille Corneille à celle de Molière. »

Question :

Pourquoi l’édition définitive des Œuvres de Monsieur de Molière par La Grange est-elle parue en 1682, juste après celle de Pierre Corneille ?

Réponse :

Dans sa Préface, La Grange nous dit que Molière ne lut jamais la moindre épreuve des pièces qu’il publia tout au long de sa carrière. Les fautes d’orthographe, de ponctuation, les contresens, les incohérences « jusqu’à omettre ou changer des vers dans beaucoup d’endroits », tout prouve son désintérêt pour l’œuvre imprimée. Mais La Grange a un plus sérieux problème que de répertorier les innombrables coquilles. Car si publier le théâtre de Molière est une gageure, ne pas se fâcher avec les frères Corneille en est une autre. La paternité de nombreuses œuvres reste encore en suspens : Psyché pour laquelle le nom de Corneille a été rendu public ; Dom Juan et Dom Garcie de Navarre, pièces que Molière n’a jamais publiées, également L’Impromptu de Versailles, Mélicerte… Puisque « la gloire de la France» a elle aussi l’intention de publier son œuvre intégrale, et que chacun a à cœur de respecter ses dernières volontés littéraires, on attend. Lorsque Pierre Corneille fit paraître son Théâtre complet, La Grange sut que le père du Cid ne revendiquait aucune des pièces écrites pour Molière, pas même Psyché. Ainsi purent être éditées les Œuvres de Monsieur de Moliere  (sans accent) quelques mois après celles de son associé ou plutôt, comme l’explique Pierre Louÿs : Corneille « publie ses œuvres complètes et celles que signa Molière à la suite des pièces qu’il avoue. »

Question :

« J’ai eu la curiosité de lire toutes les préfaces de ces auteurs dramatiques dont beaucoup, comme Molière lui-même, furent comédiens et parfois de sa troupe même : Baron, Boursault, Brécourt, Champmeslé, Thomas Corneille, Donneau de Visé, Hauteroche, Montfleury père et fils, La Tuilerie, Raymond Poisson, Quinault, Rosimond, Brueys et Palaprat, Regnard, Dufresny, Dancourt ; pas un ne cite le nom de Molière, ne fait allusion à son œuvre. [...] Alors que la littérature du XVIIe est si abondante sur l’œuvre d’un Corneille et d’un Racine, pourquoi est-elle si pauvre sur celle de Molière ? » s’interroge Georges Mongrédien.

Réponse :

Parce que ses contemporains savent que le " théâtre " de Molière n’est pas l’œuvre d’un homme, mais une enseigne commerciale.  Et les libraires le savaient, eux qui publiaient sous son nom de nombreuses pièces d’auteurs divers, ainsi Les Nouvelles œuvres de Monsieur J.B.P. Moliere, recueil édité à Paris par Nicolas Pépinglé, en quatre volumes, offre dans le tome I : Amphitryon, L’Ecole des femmes, La Critique de l’Ecole des femmes, Zélinde. Or Zélinde est de Donneau de Visé. Dans le tome II : Les Plaisirs de l’Ile enchantée, L’Etourdi, Le Sicilien, L’Antimoine purifié sur la sellette, La Veuve à la mode. Cette dernière œuvre est aussi de Donneau de Visé ; L’Antimoine est d’un auteur anonyme. Molière ou la parfaite illustration du proverbe : "On ne prête qu’aux riches." Pour Henry Lyonnet : « Qu’on ne s’y trompe pas. Ce sont les siècles suivants qui ont placé Molière sur le piédestal où nous le trouvons. » De fait, la Révolution française a fait de Molière « l’écrivain du peuple » et le Romantisme a vu en lui le « héros du théâtre français ». Dernière étape du processus de mythification, la IIIe République le déclara « auteur national » et, par le double biais de la Sorbonne et de l’Ecole laïque, lui fabriqua une biographie idéale d’ « auteur de génie universel » et la Comédie-Française fut appelée « maison de Molière ».

CONCLUSION :

Question :

Pourquoi Pierre Corneille a-t-il abandonné le genre comique dans lequel il excellait ? « Il y a lieu de s’en étonner. Il avait très bien réussi dans le genre comique. » (Emile Faguet, En lisant Corneille, 1914, p. 93.)

Réponse :

Corneille n’a jamais abandonné ce registre puisqu’il l’a repris dès 1659, sous la signature de Molière : Les Précieuses ridicules, Les Fâcheux, L’Impromptu de Versailles

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