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QUE PENSENT
LES MOLIÉRISTES ?
ET LES CORNEILLISTES
DE L’AFFAIRE
CORNEILLE-MOLIÈRE ?

Hugues HÉRAUD

Des citations qui incitent à la réflexion

Toutes nos citations viennent des plus éminents spécialistes, et même extraite de son contexte, chacune d'elles respecte la conviction de son auteur.

« Comment oser parler de Molière ? Les gens de théâtre l’ont canonisé. Il est leur patron, comme saint Crépin est celui des cordonniers. Il a sa basilique, la Comédie-Française, où les sociétaires, assistés de leurs enfants de choeur, les pensionnaires, célèbrent son culte. »

Paul Guth,
Histoire de la littérature française, T 1, 1981, p. 330

« Une imprudente et légèrement ridicule idolâtrie a faussé, noyé, affadi les traits réels de sa physionomie. »

Gustave Lanson,
Histoire de la littérature française, 1924, p. 516.

« Il y a des noms amis de la légende et qui semblent l’appeler. […] C’est là ce qui s’est produit pour Molière. Car, par une étrange fortune, toutes les conditions qui favorisent l’éclosion des légendes se sont rencontrées dans sa vie, dans son oeuvre, dans sa destinée posthume même. »

Gustave Michaut,
La Jeunesse de Molière, 1922, p. 7.

« Faute de lettres authentiques, nous nous trouvons en présence d’un grand nombre de légendes, de « traditions » plus ou moins suspectes, sur sa vie provinciale notamment, d’hypothèses échafaudées par les moliéristes de tous les temps – et Dieu sait s’ils furent nombreux ! – pour combler les lacunes d’une biographie incertaine ou expliquer à leur manière des faits restés obscurs. La plupart de ces légendes et hypothèses ne reposent sur aucun document ; elles sont nées de la seule imagination de leurs auteurs.» Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, p. 8 « L’admiration pour Molière est en train de passer aussi chez nous à cet état d’orthodoxie hors de laquelle il n’est point de salut. Nous avons trouvé ce qu’il fallait à notre besoin de culte reconnu et de croyance officielle... »

Edmond Scherer
« Une hérésie littéraire » in Le Temps, 19 mars 1882

« Cette extraordinaire fortune m’avait surpris depuis longtemps et j’étais toujours demeuré stupéfait de la transformation subite de celui qui, de baladin sans génie, devenait tout à coup le premier esprit de son temps. »

Maurice Garçon,
Sous le masque de Molière, 1919, p. 33.

« C’est à se demander, quand on étudie de près la vie de cet homme prodigieux, quand il trouvait le temps d’écrire, partagé qu’il était entre ses tracas de directeur, de régisseur, de metteur en scène, de professeur – Lagrange et Baron ne furent-ils pas ses élèves, et Armande donc ? et les autres ? – et d’auteur. Nous ne parlons que pour la forme de ses fonctions plutôt honorifiques de valet de chambre tapissier du roi, et nous passons sous silence les visites obligées auprès des grands du jour ; ajoutez à cela le temps forcément consacré à l’étude de ses rôles et celui passé près de Mlle de Brie ou d’Armande, et ditesmoi franchement à quelle heure de la journée ou de la nuit il avait une minute à lui pour la production de tant de chefs-d’oeuvre. »

Alfred Copin,
Histoire des comédiens de la troupe de Molière, 1886, p. 129.

Et d’abord, qu’on ne s’y trompe pas. Ce sont les siècles suivants qui ont placé Molière sur le piédestal où nous le trouvons.

Henry Lyonnet,
Mademoiselle Molière, 1932, p.101.

« La critique du XIXe siècle, érudite, rationaliste, moralisatrice, confondant morale et littérature, a joué un rôle capital dans le destin du théâtre de Molière. Imposant l’image d’un âge d’or de la culture occidentale dominé par le théâtre classique français, elle a fait de Molière un penseur et un moraliste, défenseur du bon sens bourgeois, insupportable aux esprits passionnés et novateurs. Elle est dominée par la Sainte Trinité sorbonnarde formée par Nisard (1806-1888), qui engendra Brunetière (1849-1906), qui engendra Lanson (1857-1934). »

Alfred Simon,
Molière, une vie, 1988, p. 540, col. 2.

« Pendant treize ans de vie provinciale, Molière n’a pas manqué d’écrire à sa famille et à ses amis restés à Paris et qu’il avait quittés à l’âge de vingt-trois ans. Et, après son retour, il a bien dû donner de ses nouvelles aux amis qu’il avait pu se faire en province. Que pas un seul billet ne nous soit parvenu, voilà qui est étrange, et qui a donné à penser à une destruction systématique. Mais sur l’ordre de qui ? Et, même dans cette hypothèse, qu’aucun indice d’ailleurs ne vient appuyer, comment croire qu’aucun papier n’y ait échappé ? Ne cherchons pas à expliquer l’inexplicable ; l’historien doit savoir ignorer. »

Georges Mongrédien,
La vie privée de Molière, 1950, p.7.

« Dans le domaine des affirmations suspectes, combien de moliéristes notoires n’ont rien à envier à ce Grimarest qu’ils dénigrent. » Léon Chancerel in Grimarest, Vie de Molière, 1705, édition critique, 1930. « Les emprunts faits par Molière aux comédies et aux tragédies de Corneille n’ont pas été étudiés d’assez près. Le sujet mériterait une étude à part. » Emile Roy, La Vie et les oeuvres de Charles Sorel, 1891, p. 140, n. 1. « Il n’est pas inconcevable que Molière ait confié ses manuscrits à Corneille afin qu’il y jette un oeil. Corneille a pu proposer des modifications, revoir la versification. Molière pouvait trouver dans cette lecture experte une sécurité que l’urgence dans laquelle il travaillait ne lui procurait pas. »

André Le Gall,
Pierre Corneille en son temps et en son oeuvre, 1997, p. 473.

« Le fond de Corneille, c’est le don du style. Il a eu ce qu’on peut appeler l’outil universel, et les pires complications de la tragi-comédie ne lui ont pas coûté plus de peine que les savantes combinaisons de la tragédie pure, ou que les intrigues légères, courantes, si je puis ainsi dire, et aimables de la comédie de moeurs. »

Ferdinand Brunetière,
Etudes critiques sur l’histoire de la littérature française, 1891.

« On se plait souvent à imaginer un Corneille sans carcan. Son entrain est si vif, sa diversité bat de telles ailes qu’il aurait pu inventer on ne peut savoir quoi… » Henri Clouard, Petite histoire de la littérature française, 1965, p. 91. « Heureuse fortune après tout si Corneille peut aujourd’hui vaincre sa légende, rentrer dans ses domaines et commencer enfin une authentique carrière. » O. Nadal « Corneille » collection Les Grands écrivains célèbres , T. II, 1952, p. 136. « Il y a en Corneille un découvreur ; on ne le dira jamais trop. » Georges Couton, La Vieillesse de Corneille, 1949, p. 266. « J’ai eu la curiosité de lire toutes les préfaces de ces auteurs dramatiques dont beaucoup, comme Molière lui-même, furent comédiens et parfois de sa troupe même : Baron, Boursault, Brécourt, Champmeslé, Thomas Corneille, Donneau de Visé, Hauteroche, Montfleury père et fils, La Tuilerie, Raymond Poisson, Quinault, Rosimond, Brueys et Palaprat, Regnard, Dufresny, Dancourt ; pas un ne cite le nom de Molière, ne fait allusion à son oeuvre. [...] Alors que la littérature du XVIIe est si abondante sur l’oeuvre d’un Corneille et d’un Racine, pourquoi est-elle si pauvre sur celle de Molière ? » Georges Mongrédien, Recueil des textes et des documents du XVIIe siècle relatifs à Molière, 1965, p. 16. « Le dernier mot de cette aventure, c’est qu’il est bien difficile, à tout moment, de tirer au clair la véritable histoire de Molière. »

Auguste Baluffe,
Autour de Molière, 1889, p. 269.

Et si on demandait l’avis de Pierre Corneille ?

On aura de la peine à croire que deux pièces d’un style si différent soient parties de la même main dans le même hiver.

Epître du Menteur (1644)

Et celui de l’auteur de L’Ecole des Femmes ?

Vous savez mieux que moi, quels que soient nos efforts, Que l’argent est la clef de tous les grands ressorts.

L’Ecole des Femmes, I,4 (1662)

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