PRESENTATION
DE L’AFFAIRE
CORNEILLE-MOLIERE
Vous serez Aristophane quand il vous plaira,
comme vous êtes déjà Sophocle.
Guez de Balzac, Lettre à Corneille.
L'intuition géniale de Pierre Louÿs
L’Affaire Corneille-Molière doit tout, pour ses prémices, à l’intuition de Pierre Louÿs, intuition qui donna matière, en octobre/novembre 1919, à plusieurs courts articles dans le journal Le Temps et la revue Comœdia. Alors jugée inacceptable, elle est encore aujourd’hui totalement censurée par la Sorbonne. Or, l’Affaire Corneille-Molière est seulement révolutionnaire, au sens étymologique de ce mot.
Cette thèse, développée et argumentée dans l’essai de Denis Boissier, L’Affaire Molière, la grande supercherie littéraire (2004), se résume ainsi : Molière, qui toute sa vie s’est revendiqué comme comédien, chef de troupe, directeur de théâtre et organisateur des plaisirs du Roi, n’a écrit ni intellectuellement, ni moralement, ni plume à la main aucune des pièces qu’il signa.
Les trente-trois oeuvres répertoriées de son théâtre ont été :
• « raccommodées » par des collaborateurs, à partir de comédies françaises, de pièces espagnoles ou de canevas de farces italiennes (par ordre croissant des emprunts) ;
• achetées à des auteurs plus ou moins nécessiteux (Dassoucy, Donneau de Visé, Subligny, Chapelle, Boursault…), ou à leur veuve (celle du farceur Prosper, celle du professeur Lesclache…), qui n’en retirèrent qu’un avantage financier ;
• commandées à Pierre Corneille, selon un pacte secret qui perdura plus de quinze ans, pour le grand bénéfice des deux associés.
Un immense poète…
De l’avis de ses contemporains, Corneille était le plus grand poète de son siècle et l’inventeur de la comédie de caractères (dès 1625 avec Mélite ; plus encore avec Le Menteur en 1642, prototype des comédies que jouera Molière vingt ans plus tard). Mais dès 1652, tous voyaient en lui un homme « fini ».
Une association, en 1658, avec Molière qui voulait créer le troisième théâtre de Paris, offrait à Corneille cinq avantages majeurs :
1) En favorisant la carrière de Molière, il continuait de satisfaire son penchant pour la comédie de moeurs avec laquelle il avait commencé sa carrière, mais que sa gloire d’auteur tragique empêchait d’exprimer.
2) N’ayant plus, grâce au prête-nom Molière, à redouter les foudres de l’Eglise et les vexations des Puissants, il réglait leurs comptes à toutes les coteries qui lui avaient, depuis Le Cid (1637),
mais plus encore depuis Polyeucte (1642), chèrement fait payer son indépendance : académiciens, faux dévots, mondains et Précieuses qui critiquaient systématiquement ses nouvelles tragédies.
3) Etre avec Molière, c’était non seulement être plus proche du roi, mais travailler officieusement pour lui (Commandés par Louis XIV, Les Fâcheux stigmatisent certains courtisans, Tartuffe dénonce les faux dévots, Amphitryon cautionne son adultère royal).
4) Etre avec Molière, c’était également rester proche de celles pour qui, durant la seconde partie de sa vie, battit son coeur : d’abord Marquise du Parc, mais aussi Mlle Marotte, jeune comédienne de la troupe de Molière, et plus encore Armande Béjart
pour laquelle il éprouvait une « tendresse extrême » comme nous le dit Charles Robinet, ami de Corneille.
5) Enfin, aspect essentiel, qui explique la longévité de l’association : dès que Molière fit fortune et dirigea le Palais-Royal, il créa ou joua onze pièces des frères Corneille. L’auteur du Cid percevait 2 000 livres (beaucoup plus qu'aucun autre auteur) pour la création de chaque tragédie signée de son nom (qui échouait), et beaucoup plus pour chaque comédie présentée sous le nom de Molière (qui triomphait). Ainsi, durant toute la durée de leur collaboration, Corneille, qui ne touchait de pension royale que de façon aléatoire, put vivre sans solliciter, et établir ses six enfants, surtout ses deux fils aînés engagés dans une carrière militaire qui le ruinait.
Les étapes importantes de cette association
Elles s’établissent ainsi :
1643, c’est l’époque du Menteur, prototype de toutes les comédies que signera un jour Molière. Lors du séjour de six mois à Rouen de la troupe de Madeleine Béjart, Jean- Baptiste Poquelin reçoit de Corneille son nom de théâtre : « Moliere » (toujours orthographié par Poquelin sans accent). De l’ancien verbe molierer, légitimer. C’est aussi Corneille qui, par l’intermédiaire de son notaire de Rouen, Me Cavé, aide la Troupe à aménager sa première salle parisienne.
De 1644 à 1658, Molière n’est le Légitimé de Corneille, son interprète, que de façon honorifique. Mais en 1658, lors de son second long séjour à Rouen, il s’associe avec Corneille. Ce dernier se sait passé de mode. Pour des raisons d’argent, car il ne touche plus de pensions depuis longtemps, et parce qu’il ne supporte pas l’idée de n’être plus « le grand Corneille », il accepte que Molière soit son porte-parole. Celui-ci, ravi à l’idée de devenir, avec le soutien de « la gloire de la France », le plus célèbre des comédiens de Paris, accepte de jouer comme Corneille l’exige : de façon naturelle.
Introduit auprès de la Reine-mère et du duc de Guise par l’entremise de Corneille, Molière débute à Paris avec Nicomède et plusieurs autres tragédies de son associé et mentor.
Hélas, le Comédien est trop médiocre dans la tragédie pour demeurer le porte-parole du poète. Mais avec Les Précieuses ridicules, le grand succès de la saison 1659-1660, et Les Fâcheux (1661), Molière devient le prête-nom de Corneille. En 1661, le comédien favori du Roi est promu directeur du Palais-Royal. Dans ce théâtre seront jouées, ou créées, onze pièces officielles de Pierre Corneille et de son frère cadet Thomas.
Leur présence auprès de Molière s’avérant indispensable, les frères Corneille ont définitivement quitté Rouen en 1662 pour s’installer à Paris, non loin du Palais-Royal. Commence alors, avec L’École des femmes (1662), une stratégie commerciale que les moliéristes croient être une « Querelle » entre Molière et Corneille, alors que ce fut une excellente opération financière pour les deux plus grands théâtres parisiens, le Palais- Royal et l’Hôtel de Bourgogne, dont les directeurs sont Molière et Floridor, les deux disciples de Pierre Corneille.
Pendant quinze ans Molière va mener une vie étonnamment trépidante. Il est tout à la fois :
1) tapissier du Roi et courtisan « très assidu » (La Grange dixit),
2) chef de troupe et metteur en scène prolifique,
3) organisateur permanent des plaisirs de la Cour,
4) directeur du théâtre le plus rentable de Paris,
5) vedette qui joue les plus longs rôles.
Cette quintuple activité est déjà tellement accaparante que le bon sens se refuse à y ajouter des milliers de pages manuscrites, des milliers d’heures de correction, des milliers d’heures de lecture (car Molière est censé avoir tout lu, tout compris, tout retenu).
Louis XIV encourage le Comédien à lui offrir des spectacles où seront fustigés les faux dévots qui, regroupés sous l’égide de la Compagnie du Saint-Sacrement, sapent son autorité. Ainsi, grâce à Molière, Corneille va travailler en accord avec les désirs du Roi. Les Fâcheux (1661), Tartuffe (1664) puis Amphitryon (1668) lui offrent l’occasion de retrouver la verve et la spontanéité de ses débuts.
Les rapports entre Corneille et Molière s’équilibrent ainsi : en échange des comédies satiriques qui lui apportent célébrité et fortune, le Comédien offre à son mentor l’indépendance financière et la tranquillité d’esprit qu’il a toujours recherchées. Il lui permet aussi de conserver une dignité toujours menacée. Les deux hommes seront tellement liés que Corneille, après la mort du Comédien, étendra son amitié à sa veuve Armande et à son élève favori Baron.
Molière, formé à l’école de la commedia dell’arte et disciple de l’Italien Scaramouche, a toujours "farci" les pièces que Corneille retravailla pour lui à partir de scènes françaises, italiennes ou espagnoles : ainsi Le Dépit amoureux (1658), Dom Juan (1665) ou L’Avare (1668).
Il a même "farci" les pièces de Corneille qui ont un caractère plus autobiographique : L’Ecole des Femmes (1662), Le Misanthrope (1666), Les Femmes savantes (1672), ce qui leur donne ce style fait de grotesque et de sublime que les moliéristes pensent être propre à l’"écrivain Molière", alors qu’il est la juxtaposition de deux styles diamétralement opposés (celui de Corneille et celui d'un factotum souvent différent pour chaque pièce).
Seules échappèrent au traitement moliéresque la comédie héroïque Dom Garcie de Navarre, jouée pour l’inauguration du Palais-Royal en 1661 (sans doute élaborée par Corneille à l’époque de son Don Sanche d’Aragon), et la comédie-ballet Psyché (1671).
Psyché ayant nécessité la collaboration de Philippe Quinault et de Jean-Baptiste Lully qui ne souhaitaient pas l’anonymat, le nom de Pierre Corneille dut être lui aussi mentionné, au grand dam des moliéristes que hérisse toute idée de collaboration.
«Il est peu d’écrivain sans
doute à avoir mené sa vie
d’une manière plus
volontaire et plus secrète,
si bien qu’il nous paraît
aujourd’hui aussi peu vivant
et aussi éloigné de nous
qu’Homère. Mais c’est que
Pierre Corneille est le héros
de la solitude intérieure
et le prince des alibis. »
Robert Brasillach,
Corneille,
(1936), p. 222.
« Corneille demeure toujours à découvrir. [...] Mais aussi quelle richesse ! Il n’est demeuré étranger à rien de son siècle, et plonge encore par ses racines dans l’humanisme du seizième. Et non seulement il aurait presque pu dire à Racine, Molière, Boileau, comme autrefois Ronsard à ses successeurs : « Vous, êtes tous issus de ma Muse et de moi », mais de plus il demeure de tous nos grands classiques le seul qui ait été capable de produire dans la littérature postérieure (ne parlons pas du pseudo-classicisme) de vigoureuse boutures (Stendhal, Hugo, Péguy, p. ex.), alors que Molière, La Fontaine ou Racine, toujours si vivants pourtant, n’ont jamais enfanté que de pâles et moribonds disciples : étonnante fécondité posthume du poète le plus fécond et le plus varié de son siècle. ».
Louis Herland, Corneille (1986) p. 100.
L’Affaire Corneille-Molière explique tous les points obscurs de la vie et de la carrière de Molière, notamment :
• pourquoi Molière est arrivé « secrètement » à Paris comme nous l’apprend son compagnon La Grange ;
• comment il lui fut possible, à lui qui était un inconnu, de présenter des tragédies devant le Roi, la Reine-mère et toute la Cour ;
• comment et par qui fut organisé le lancement, puis le scandale des Précieuses ridicules ;
• pourquoi les frères Corneille, en octobre 1662, ont définitivement quitté Rouen pour Paris (alors que Pierre Corneille avait toujours refusé de quitter sa ville natale, même lors de ses tentatives pour entrer à l’Académie française) ;
• comment et par qui fut planifiée une fausse querelle autour de L’Ecole des Femmes au bénéfice de Floridor (comédien fétiche de Corneille) et de Molière ;
• pourquoi La Critique de l’Ecole des Femmes défend les thèses de Pierre Corneille en matière d’art dramatique ;
• pourquoi une mystérieuse Lettre sur le Misanthrope, qui défend cette comédie, est parue signée seulement de l’initiale « C » ;
• pourquoi le Comédien, au grand étonnement de son premier biographe Grimarest, refuse de dévoiler, même à ses intimes, l’origine de son pseudonyme (molierer est le vieux verbe pour légitimer) ;
• pourquoi l’éditeur du Dépit amoureux en offrit un exemplaire à un haut magistrat précisant que cette comédie est du « poète le plus approuvé de ce siècle », formule qui en 1663 ne peut s’appliquer qu’à Pierre Corneille ;
• pourquoi, en plein scandale du Tartuffe, les autorités annulèrent les lettres patentes de noblesse de Corneille et pourquoi ce dernier ne les récupéra qu’après que Tartuffe, définitivement autorisé, eut triomphé ;
• pourquoi dans Amphitryon sont utilisées les techniques du vers libre que Corneille vient d’inventer deux ans plus tôt pour Agésilas.
• pourquoi on retrouve dans le théâtre de Molière des dizaines de vers de Pierre Corneille qui a toujours aimé se citer ;
• pourquoi l’Académie française n’a jamais envisagé d’accueillir Molière, les comédiens n’étant pas admis à siéger ;
• pourquoi Molière n’a jamais relu aucune des pièces qu’il a publiées, les laissant remplies de fautes et d’aberrations ;
• pourquoi durant toute sa carrière il ne cessa, nous disent les moliéristes, d’imiter le style « inimitable » (Racine dixit) de Pierre Corneille.
• pourquoi Molière possédait dans sa bibliothèque, au moment de sa mort, moins de 350 ouvrages (mais toute l’oeuvre des frères Corneille), la plupart offerts par ses amis ou par Augustin Courbé, l’éditeur des Corneille ;
• pourquoi Thomas Corneille fut chargé par la veuve de Molière de versifier Dom Juan ;
• pourquoi Pierre Corneille resta l’ami de Baron, jeune disciple de Molière qui fut à son tour "auteur" (la tradition attribue sa pièce la plus célèbre, L’Homme à bonnes fortunes, à Pierre Corneille).
• Etc, etc.
Molière…
côté Jardin d’Auteuil.
Grimarest, son premier
biographe, nous apprend
que Molière « était
l’homme du monde qui
travaillait avec le plus de
difficulté». Et de réaffirmer
quelques pages plus loin :
« il ne travaillait pas vite,
mais il n’était pas fâché
qu’on le crût expéditif ».
Molière…
côté Cour de Louis XIV
La Grange, comédien de Molière, nous dit que « son exercice de la comédie ne l’empêchait pas de servir le Roi dans sa charge de valet de chambre, où il se rendait très assidu ».
Racine écrit à son ami Le Vasseur que chaque fois qu’il va voir le Roi, il rencontre le « comédien-tapissier».
Fait unique dans les Lettres françaises, et demeuré à ce jour inexplicable, on ne possède rien de Molière :
• aucune oeuvre manuscrite,
• aucune épreuve d’édition,
• aucune correspondance,
• aucun billet doux ou professionnel,
• aucune annotation de sa main,
• aucune dédicace.
Notre thèse explique ce fait aberrant : fils et petit-fils de marchands tant du côté maternel que paternel, Jean-Baptiste Poquelin ne reçut pendant son enfance et sa petite adolescence aucune formation scolaire (Perrault, Grimarest, Voltaire sont catégoriques sur ce point). Mais il put devenir ce qu’il fut, et si parfaitement : un acteur comique (comme l’ont défini tous ceux qui l’ont connu). Or à cette époque, la majorité des comédiens ne savaient pas écrire, seulement lire. Mais entouré de bons collaborateurs, notamment de Madeleine Béjart, auteur de poésies et d’adaptations théâtrales, du poète Claude Chapelle qui lui servait de secrétaire, de l’écrivain et «fidèle Adrien Subligny» (Alain Niderst), de La Grange, qui était lettré, le Comédien put donner le change et faire de son pseudonyme l’enseigne d’une entreprise de spectacles.
L’Affaire Corneille-Molière permet de pénétrer dans les coulisses du Palais-Royal où s’agitent des arrivistes tels Edme Boursault, Donneau de Visé, Adrien Subligny (et même Jean Racine qui a sans doute écrit Les Plaideurs pour Molière, avant de se fâcher avec lui). Recensant les constatations de tous les spécialistes (Cf. notamment les cinq cents pages de Claude Bourqui consacrées aux emprunts de Molière), elle démontre qu’avec Molière et ses collaborateurs le pillage systématique des répertoires italien, espagnol et français fut institué en principe de création.
La pratique exclusive du « raccommodage » de scènes disparates fait de Molière le précurseur de Dumas père et celui de Willy dont le Corneille, si l’on peut dire, se nommait Colette.
Par une ironie du sort dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences, celui qui n’avait été que le « bouffon du Roi », devint d’abord une légende (avec les Évangiles selon La Grange, Grimarest, La Serre, Voltaire), puis un mythe littéraire.
L’écrivain du Peuple
- L’après Révolution de 1789 a fait de Molière "l’écrivain du Peuple", allant jusqu’à récrire ses pièces sérieuses (c’est-à-dire celles composées par Corneille).
- Le Romantisme a transformé Molière « en héros du théâtre » ; on ne cesse d’écrire sur sa vie idéalisée, on récolte des centaines d’historiettes contradictoires, une légende se crée dont l’éminent moliériste Gustave Michaut, malgré trois volumes, ne viendra pas à bout.
- La IIIe République, s’aidant de la Sorbonne et de l’Ecole publique laïque, transforme Molière en une icône véhiculée par les gravures fantaisistes et les oeuvres des grands peintres officiels. L’ex-« premier farceur de France » (Somaize) devient, pour faire face à l’Allemand Goethe, l’incarnation du génie national, et pour contrer l’Eglise : le parangon anti-clérical de l’esprit républicain (Cf. notamment les travaux de Louis Moland, Maurice Descotes, de l’Anglais Eric Caldicott).
Ainsi campé, le personnage de Molière est une fiction, comme Homère pour les Grecs, Shakespeare pour les Anglais. Depuis, l’abîme entre la réalité historique et le mythe a pris de telles proportions qu’il en est vertigineux. Ce qui explique pourquoi, lorsque Pierre Louÿs dévoila la collaboration en 1919, la réaction des universitaires fut si excessive et si peu scientifique.
Albert Eisntein remarquait : « Il est plus facile de détruire un atome qu’un préjugé. »
Nous avons à coeur de replacer la vie et l’oeuvre de Pierre Corneille et de Molière dans la perspective du XVIIe siècle – l’unique perspective réelle – tout en faisant la lumière sur la passionnante histoire de leur collaboration.
Le site www.corneille-moliere.org, ouvert depuis janvier 2006, réunit les travaux de tous les chercheurs qui ont dévoilé l’Affaire Corneille-Molière.
Et grâce au concours de tous les passionnés d’histoire, de théâtre, de justice et de vérité, nous espérons faire cesser un mensonge érigé en dogme.
Mais pour l’heure, le dogme molierocentripète demeure inébranlable. Le corneilliste André Le Gall définit l’enjeu :
« Corneille a-t-il écrit les oeuvres de Molière ? […] C’est réellement la question piège. […] Or son simple énoncé déclenche un véritable branle-bas de combat, pour une raison qui se comprend immédiatement : pareille supposition jette à terre toutes les biographies et de Corneille et de Molière, tous les commentateurs de l’un et de l’autre, toutes les interprétations théâtrales, toutes les recherches, toutes les thèses et le présent livre tout le premier. La question ne doit pas être posée. Elle ne le sera donc pas. » (Pierre Corneille en son temps et en son oeuvre, 1997, p. 470)
Le grand public croit sur parole un discours officiel, sans autre preuve qu’un consensus frileux dont on sait, par l’expérience des siècles passés, à combien de contrevérités il peut conduire.
Mais le parti pris, même transformé en culte, finira par céder devant la vérité.
Ce n’est pas le style de Corneille,
c’est la signature de Molière qui a besoin de preuves.
Pierre Louÿs,
«L’auteur d’Amphitryon » (1919)
Le statut de bouffon du Roi propre au seul Molière, son association discrète avec Pierre Corneille, l’usage institutionnel au XVIIe siècle du prête-nom et la pratique théâtrale de l’appropriation d’une pièce par le comédien qui la crée sont à l’origine de la fortune de Molière et de l’imposture littéraire posthume que l’après Révolution française, la IIIe République et les universitaires lui ont fait et lui font toujours jouer.
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