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L’ORIGINE ET LA SIGNIFICATION
DU NOM "MOLIERE"

Denis BOISSIER
(mis en ligne : 28 janvier 2008)
3ème version : 27 novembre 2009)

L’origine et la signification du nom Moliere, toujours orthographié sans accent par Jean-Baptiste Poquelin, posent question. Grimarest, son premier biographe, s’était demandé pourquoi Molière n’avait jamais voulu s’expliquer sur son choix, « même à ses meilleurs amis » (Vie de Monsieur de Moliere, 1705). Pour M. Georges Forestier, porte-parole des moliéristes, le "pourquoi"  de l’origine de ce nom est une « question tendancieuse » car la raison qui motiva Molière est l’évidence même : « beaucoup de lieux-dits situés à proximité de sites de meulières portent le nom de Moliere. Tout simplement. Molière a donc choisi un nom champêtre comme les autres "noms de guerre"  des comédiens de son temps ; on comprend qu’il n’ait pas éprouvé le besoin de justifier un choix que ses compagnons n’ont pu que juger évident. » (sur le site CRHT).

Si ce pseudonyme avait été « évident », Grimarest ne se serait pas ainsi interrogé, lui qui était un intime de Baron (le célèbre disciple de Molière) et qui connaissait parfaitement les usages des comédiens du siècle dans lequel il vivait, lui, et non M. Forestier. Aussi croyons-nous devoir étudier plus en profondeur la double question de l’origine et de la signification du nom « Moliere ». 

Dans un article paru dans le journal Le Temps Emile Henriot écrivait à propos de Molière : « Un mystère profond plane sur lui, l’enveloppe de toutes sortes d’obscurités.  Si son œuvre demeure transparente, on ne sait au juste d’où elle vient, ce qui l’a formé et comment, quand il travaillait au milieu des occupations harassantes de l’acteur, du metteur en scène et du chef de troupe, toujours sur la brèche aux ordres du roi, et sans cesse aux prises avec ses comédiens et comédiennes, dont l’espèce fut toujours incommode et querelleuse, encore aujourd’hui, paraît-il. […] Moi, au travers du chef-d’œuvre, c’est à son créateur que je pense : et c’est son génie que je voudrais saisir dans sa chambre noire. Car c’était un homme après tout, et j’aimerais beaucoup savoir par quelles voies cet homme supérieur est devenu tel. Mais personne encore ne nous l’a dit ; et nous n’avons qu’à admirer les yeux fermés. » (Le Temps, 28 janvier 1936).

La carrière de Jean-Baptiste Poquelin commence réellement en 1644, après son séjour à Rouen auprès de Pierre Corneille, lorsqu’il signe pour la première fois de son nom de guerre : « De Moliere ». Pour Georges Montorgueil, «  retenons ceci : Moliere, sans l’accent. Si attentif à la ponctuation de sa signature que pas un point n’est oublié, il ne met jamais d’accent sur l’e de la seconde syllabe. Là-dessus, il ne varia jamais. […]  Nous avons adopté une orthographe qui n’est pas celle qu’il créa et dont il usa ne varietur jusqu’à sa mort. » (« Les signatures de Molière », Le Temps, 11 juin 1922). Même opinion, en ce qui concerne l’accent grave, chez le moliériste Jules Loiseleur : « Molière n’en mettait pas, non plus que ses contemporains. » (Molière, nouvelles controverses sur sa vie et sa famille, 1886, p. 100).

Pourquoi a-t-on changé l’orthographe ? Bien que tous les « Pocquelin », à l’exception du seul Jean-Baptiste, aient orthographié leur patronyme avec un c supplémentaire, les moliéristes ont suivi le choix de Molière et tout le monde désormais écrit « Poquelin » sans le c. Mais pour son pseudonyme on n’a pas  respecté sa volonté. Dans le deuxième numéro de la revue Le Moliériste (1879-1889), un abonné interrogeait la direction : «  Pourquoi écrit-on et imprime-t-on constamment le nom de notre auteur avec un accent ? – C’est une erreur qui date de la fin du siècle dernier, que les éditeurs ont reproduite jusqu’à nos jours comme des moutons de Panurge, et que démentent tous les documents anciens. Je crois qu’il y a ici matière à rectification. »

La réponse que ce lecteur éclairé ne reçut jamais malgré cent vingt fascicules édités est, selon nous, celle-ci : muni d’un accent grave, le pseudonyme perd sa caractéristique ontologiquement féminine. Car au XVIIe siècle, comme le constatait le moliériste Charles-Louis Livet : « l’o équivalant alors à l’u italien ou espagnol, se prononçait ou, comme dans houme, poume, Roume, fouyer, etc., etc., pour homme, pomme, Rome, foyer, etc., etc… D’où il résulte que le nom de Molière devait se prononcer Mouliére avec l’é aigu, que nous avons remplacé, à tort, par l’è grave. » (Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou La Fameuse Comédienne, histoire de la Guérin, 1877, p.108). Dans sa Gazette, Loret écrit parfois Moliére, ainsi que Robinet dans ses Lettres à Madame (par exemple celle du 15 février 1673) et dans ses Lettres à Monsieur. La Muse historique (par exemple le 13 janvier 1663  ou le 7 juillet 1663). Et en 1686 encore, Adrien Baillet, dans ses commentaires défavorables au Comédien, orthographie Moliére.

Si à la fin du XVIIIe siècle on a fait le choix de Molière avec un accent grave, c’est, selon nous, pour éviter qu’on ne fasse le rapport avec le latin mulier qui signifie femme. Pour le moliériste Edouard Thierry, « on peut remarquer, comme simple rapprochement, que le nom choisi par le poète de la femme est le nom de la femme elle-même : Mulier. – Mulier, Mollis aer, a dit un autre grand poète de la femme (Shakespeare, Cymbeline). Nous sommes encore plus près de Molière » (Notice sur « Charles Varlet de la Grange et son registre » par Edouard Thierry, édition du Registre de La Grange, 1876, p. XI).

Ce n’est pas seulement l’aspect féminin du nom « Moliere » qui gêna les défenseurs du dogme du « grand génie viril » (La Harpe), de « la mâle beauté du visage de Molière » (Sainte-Beuve). Une seconde étymologie, non toponymique, et issue d’une autre racine, réduisait à néant le dogme de Molière auteur de génie et self made man.

Avant de découvrir l’autre étymologie du mot « moliere », revenons sur le fait que le Comédien n’a jamais expliqué le choix de son pseudonyme, et que la question est systématiquement négligée par les moliéristes. Pour Georges Mongrédien, « l’essentiel n’est pas l’origine du nom de Molière, mais le haut point de gloire où Jean-Baptiste Poquelin l’a porté. »  (La vie privée de Molière, 1950, p. 47). Ou l’art d’esquiver les problèmes.

L’habitude de ne jamais poser les bonnes questions vient de la Vie de Moliere (1705) par Grimarest, son premier biographe, ou plutôt hagiographe car l’ouvrage parut au plus fort de la période dévote : « Ce fut alors que Moliere prit le nom qu’il a toujours porté depuis. Mais lorsqu’on lui a demandé ce qui l’avait engagé à prendre celui-là plutôt qu’un autre, jamais il n’en a voulu dire la raison, même à ses meilleurs amis ». Grimarest n’a pas cherché plus loin. Et deux cent cinquante plus tard l’historien Georges Bordonove de conclure : « Molière n’a jamais précisé les raisons ni les circonstances de son choix. Ce n’est là que le premier de ces secrets si jalousement gardés. » (« La vie de Molière », in Jean-Baptiste Poquelin Molière, Collectif, 1976, p. 13).

Qu’un artiste évite d’expliquer le choix de son pseudonyme, c’est plutôt rare, mais qu’il ne veuille rien en dire « même à ses meilleurs amis », comme le précise Grimarest, cela dissimule quelque chose. De deux choses l’une : ou ce pseudonyme n’a pas de sens particulier et relève de l’arbitraire ; ou il possède une signification que le comédien souhaitait cacher. Si son nom avait relevé de l’arbitraire, Molière l’aurait dit sans y attacher d’importance.  Or, jusqu’à sa mort, il s’est dérobé aux fréquentes demandes d’explication.

Ce pseudonyme a donc une signification particulière. Molière était-il trop modeste pour en parler ? Modeste, il ne le fut jamais. Son ami Dassoucy lui reprochera même d’ « être fat en toute manière ». S’agit-il d’un secret honteux, douloureux, négatif ? Nous pouvons éliminer cette hypothèse : le Comédien n’a jamais affiché un tempérament recherchant les châtiments ou l’expiation, et sa nature ne le portait pas à la dissimulation pour avoir la satisfaction de souffrir. Au contraire, il a toujours fait preuve d’une vitalité directe et combative.

Ouvrons le Trésor de la Langue française (1971) : « MOLIERE, subst. fém. […] Terre grasse et marécageuse […] 1. Dér. de mol, forme anc. de l’adj. mou ; suff. -ière. »

Le nom toponymique  «  Molliere/Moliere » n’est donc ni honteux ni infamant puisqu’il signifie dans son acception la plus répandue « terre grasse et marécageuse ». Ce nom se retrouve dans de nombreuses régions de France avec cette signification1. Mais sans doute n’est-ce pas pour cela que Jean-Baptiste Poquelin l’a choisi car il signe ainsi avant ses pérégrinations provinciales. Ce pseudonyme a-t-il un sens plus profond, plus pertinent qui expliquerait pourquoi Grimarest s’interrogeait, car on ne peut supposer qu’il ait ignoré le sens toponymique du mot « moliere » ? Une seule explication, selon nous, donne son sens à ce choix, celle offerte par l’étymologie érudite : molierer est l’ancien verbe pour légitimer.       

Le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècles de Frédéric Godefroy, publié en 1888, nous apprend :  « MOLIERER : v.a. légitimer : Li rois puet en tel chose fere molier [er] qui ne sont pas de mariage.» (Liv. de Jost et de Plet, I, 6, § 23, Rapetti.) ». Traduisons : Le roi peut en ce cas faire légitimes ceux qui ne sont pas nés de mariage. Dans l’ancien temps il était possible qu’un roi moliere un bâtard ou qu’un seigneur moliere une terre.

Pour l’écrivain Jacques Audiberti, «  Moliere, dans la vieille langue, voulait dire carrière, fondrière. Et, aussi, femme mariée. Du latin "mulier". L’italien conserve "moglié ", l’espagnol "mujer". Les formes issues de "mulier" traînèrent quelque temps, chez nous, dans les codes, dans le parler. "Donès moi vostre fille à moliere " était une formule de demande en mariage. » (Molière, 1954, p. 86).  Et de constater que tel prince « se "renmoliera" comme on disait sous les anciennes dynasties. Prit femme de nouveau, si l’on préfère. » (idem, p. 90). Toujours selon Audiberti, le nom Molière  signifie « Lafemme », « Lépouse ». Cette équivalence, dont les moliéristes ne veulent pas entendre parler, est d’une importance extrême : elle est la clef de la personnalité de Jean-Baptiste Poquelin-Moliere et de ses rapports avec Pierre Corneille.

Pour mieux comprendre cette "clef", étudions la signification de l’autre nom que Jean-Baptiste Poquelin avait choisi pour interpréter ses rôles comiques : Sganarelle. Pour Auguste Baluffe, « le Sganarelle de Molière est presque toujours un être faible, un de ces hommes qu’on appelle "Jean-femmes" dans le langage populaire de là-bas (Midi de la France). » (in Le Moliériste, 1884, n° 62, p. 57). L’origine du nom Sganarelle – le nigaud-glouton, celui qui gobe tout, avec une connotation sexuelle –  ramène, comme le nom de théâtre « Moliere », à l’aspect féminin, pour ne pas dire efféminé, que semble revendiquer Jean-Baptiste Poquelin, lequel sera membre du club de libertins  les « Neuf Epulons » dont le penchant homosexuel n’a pas échappé à  Roger Duchêne : « Cette complicité dans les plaisirs de la table se double sans doute d’une complicité plus trouble. Vers 1660, Chapelle fera partie avec Molière et Fauvelet du Toc d’un groupe de neuf amis où ne figurent que des libertins notoires, presque tous homosexuels. On y trouve notamment Des Barreaux, "la veuve de Théophile", jadis débauché et déniaisé par lui, qui se plaît à faire le plus de scandale possible en étalant son impiété. » (Molière, 1998, p. 402). Faut-il rappeler ses relations avec le jeune Baron âgé de 13 ans, relations qui firent l’objet, notamment, d’une épigramme et, indirectement, d’un pamphlet célèbre. Pour le moliériste Yves Giraud, « la liaison homosexuelle de Molière avec le tout jeune comédien ne peut-être traitée de pure calomnie. » Et de conclure : « Tout concourt donc à faire de La Fameuse Comédienne un document digne de considération. » (« La Fameuse Comédienne (1688) : problèmes et perspective d’une édition critique » in Mélanges Grimm, Biblio 17, 1994, pp. 209 et 212).

Pour son biographe Georges Bordonove, « les témoignages sont éloquents, concordants et nombreux sur la sensibilité quasi féminine de Molière, son besoin d’être aimé. » (Molière génial et familier, 1967, p. 45). Cette « sensibilité quasi féminine », Jean-Baptiste Poquelin l’affichera si ostentatoirement que le public l’affublera très vite, et tout au long de ses quatorze années de carrière parisienne, du qualificatif de « cocu ». Souvenons-nous aussi du personnage de Mascarille qui fit tant pour la célébrité de Molière : il s’habille en femme dans une scène de L’Etourdi (III, 8) qui a été pour le public d’alors une scène emblématique puisqu’elle illustre le frontispice de l’édition de 1682.

Des innombrables anecdotes de la Légende Dorée de Molière deux seulement montrent sa réaction devant l’éventualité d’un danger physique : « Chapelle et Molière, revenant un soir fort tard d’Auteuil, où ils avaient soupé avec quelques-uns de leurs amis, rencontrèrent quelques cavaliers d’assez mauvaise mine, que Molière, lequel était fort timide de son naturel, prit pour des voleurs, en sorte qu’il tremblait de peur. Mais Chapelle, qui était plus hardi ou feignait de l’être : "Va, va ! lui dit-il, mon ami. Ils ne sont pas si méchants que tu crois. J’en viens d’en voir un, qui, en bâillant, a fait un signe de croix". » (Souvenirs de Jean Bouhier, d’après les notes manuscrites du président Bouhier).

L’éminent Paul Lacroix raconte la seconde anecdote : « Dans une autre occasion, il était en carrosse avec un ami, lorsqu’il jeta par la portière un louis d’or à un homme qui suivait la voiture et semblait avoir de méchants desseins, en demandant l’aumône. Peut-être Molière prononça-t-il alors ces mots qui terminent la fameuse scène du Pauvre dans le troisième acte de Dom Juan : "Je te le donne pour l’amour de l’humanité." Quoi qu’il en soit, on expliqua cette aumône excessive par la peur que Molière aurait eue de se voir attaqué, le mendiant ayant bien la mine d’un voleur. » (Iconographie moliéresque, 1876, p. 214).

Jean-Baptiste Poquelin ne semble donc pas avoir eu ce qu’il est convenu d’appeler un caractère viril et fort, ce qui renvoie, selon nous, à la signification analogique exacte, s’agissant d’un individu, du mot « moliere ».

Les bouffons ont toujours été liés au cocuage, comme l’explique Furetière dans son Dictionnaire (1690) : « Sot signifie aussi un cocu, un cornard, le mari d’une femme dissolue ou infidèle. […] On faisait autrefois à Paris une momerie d’Angoulevent ou du Prince des Sots pour se moquer des cocus. »  En assumant si souvent, pour l’amusement du Roi et du Peuple, le rôle du « Cocu » Molière est une incarnation plus "moderne" du Prince des Sots, lequel fut presque toujours Bouffon du Roi2.

Dans Le Testament de Monsieur Scarron (1660) écrit deux ans avant le mariage du Comédien, un auteur qui se fait passer pour Scarron ne trouve à léguer à Molière que le « cocuage ». L’éminent Edouard Fournier s’étonnait d’une telle « vision prémonitoire » car Jean-Baptiste Poquelin n’étant pas marié, Armande ne l’avait pas encore cocufié à tour de bras. Mais l’auteur anonyme ne prédit rien. Il sait seulement que le vieux verbe molierer, et par extension le mot moliere, ont une double connotation sexuelle et féminine, et qu’en langage burlesque un mulier/molier/moliere ne peut être qu’un efféminé, et qu’il n’est donc pas étonnant que « Moliere » incarne d’une façon si convaincante le cocu Sganarelle. Serait-il aussi un "impuissant" ? Ce sera le sujet du Mariage sans mariage (1671), satire du comédien Marcel, ami de Molière, mettant en scène ce dernier, semble-t-il,  sous le nom d’Anselme.

Aucune anecdote ne montre que Jean-Baptiste Poquelin ait eu prise sur sa femme Armande ou sur sa vieille amie Madeleine Béjart, tout au contraire. Par exemple, lors de la naissance d’Esprit-Madeleine (fille de Jean-Baptiste et d’Armande Béjart), ce fut Madeleine qui a choisi pour parrain son ancien amant, le comte de Modène : « ce choix étrange, propre à rappeler l’attention sur les désordres de jeunesse de Madeleine, n’était pas fait pour sourire à Molière ; il l’eût probablement repoussé s’il eût été le maître de son ménage ; mais Armande et sa mère y commandaient en souveraines et tenaient peu de compte de ses avis. » (Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, 1877, p. 303). 

Une légitimation pourrait-elle être la raison du silence de Poquelin sur l’origine de son pseudonyme ? Le moliériste Auguste Baluffe le pense : « Avait-il tenu à prendre ce nom de Molière par droit de possession domestique et comme un page – un page de Lettres – prend les couleurs de son maître ? […] C’est encore et toujours à une explication de sentiment qu’il faut demander la raison d’être de ce pseudonyme de Molière. » (Molière inconnu, 1886, pp. 32 et 205).

Dans toute légitimation il y a un amont et un aval, un "légitimeur" et un légitimé. Qui, comme un roi peut le faire, moliere Poquelin ?

L’acte qui officialise « Moliere » date du 28 juin 1644, quand la Troupe engage le danseur Daniel Mallet. Dès lors il va prendre une importance toujours plus grande dans la Troupe, jusqu’à être son « thresorier ». Or qu’est-il arrivé d’important dans la vie du comédien, peu avant l’engagement de Mallet, pour que tous ses compagnons acceptent sa nouvelle autorité ? Le seul événement d’envergure est le séjour à Rouen durant l’automne 1643, séjour au cours duquel la Troupe fréquente Pierre Corneille. Comme les comédiens jouent certaines de ses œuvres, Corneille a nécessairement assisté aux répétitions et passé un long temps avec eux. Ainsi que l’écrit le moliériste Eugène Noël, « qu’on se figure les relations qui durent s’établir ! » (« Molière à la foire de Rouen en 1643 », in Le Moliériste, 1879, n° 3, p. 79).

Il y a peut-être une autre excellente raison pour que la Troupe s’entende avec « la gloire de la France » dont la nouvelle pièce, Le Menteur, est le prototype de toutes les comédies que jouera le futur Molière, ce que la critique aujourd’hui admet unanimement. Les frères Parfaict, qui vivaient au milieu du XVIIIe siècle, précisent que Le Menteur fut joué en 1642, avant Pâques. Certains moliéristes, tels Edouard Fournier et Auguste Baluffe, mais aussi le grand corneilliste Charles Marty-Laveaux, puis Mme Deierkauf-Holsboer ou André Stegmann sont de cet avis. Il est donc possible que la Troupe a interprété ce nouveau succès. Selon une anecdote peu sûre quant à la forme Boileau confirme que le Comédien lui a un jour confié : « Je dois beaucoup au Menteur ». Cela se comprend si cette pièce a décidé de sa carrière. Et d’ajouter que sans Le Menteur, « peut-être n’aurais-je pas fait Le Misanthrope » (Cité dans François de Neufchâteau, L’esprit du grand Corneille, 1819, p. 149). Ce qui est vrai, de toutes les façons que l’on comprenne cet aveu. Dans Le Menteur, créé l’année précédente, Molière a joué le personnage de Dorante à Rouen, affirme le moliériste Edouard Fournier, « et d’autres après lui ont été plus affirmatifs encore sur ce point » commente Louis Moland (Vie de J.-B. P. Molière, 1892, p. 43) qui préfère, comme tant d’autres moliéristes, que Molière n’ait pas joué Le Menteur durant le séjour auprès de Corneille.

Durant ces visites, dont nous ne savons rien, des décisions ont pu être prises. Pourquoi pas le choix d’un nom de théâtre ? Poquelin n’a que vingt-deux ans, son apprentissage commence à peine. Offert par Corneille, ce pseudonyme donne un sens fort à sa vocation. Le jeune homme reçoit comme une preuve de sa future valeur, une consécration anticipée. Il n’est plus un comédien amateur à l’instar de tant d’autres : il se voit remarqué et conseillé par Corneille qui, nous en avons de multiples exemples, a toujours aimé aider autrui. 

Un roi moliere un bâtard, un seigneur moliere une terre… Or, le rapport  auteur/comédien (Corneille/Moliere) équivaut à celui de roi/femme-enfant et de seigneur/terre. Ces analogies dans le goût du Moyen Age n’étonneront pas ceux qui ont étudié la mentalité du XVIIe siècle, comme le rappelle Antoine Adam : « Beaucoup plus qu’on ne le croirait, les hommes raisonnables et éclairés du XVIIe siècle sont restés en contact avec la littérature féodale, et donc avec les formes de pensée du monde féodal, avec les réalités politiques de la féodalité. » (Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, 1997, T. 1, p. 589). Selon cet esprit analogique, le comédien est à l’auteur ce que la femme est à l’homme ou une terre à celui qui se l’approprie : ils sont ce qu’on fait d’eux. D’où le verbe molierer = légitimer.

En donnant à Jean-Baptiste Poquelin son pseudonyme, Corneille, dont l’obsession est d’être joué par le plus de troupes possibles, a, selon nous, accepté que Jean-Baptiste Poquelin soit son moliere/légitime. Constatons aussi qu’en octobre, l’auteur du Cid demandera par écrit à Louis XIV, qui vient d’accéder au trône, l’autorisation d’être seul juge pour agréer les comédiens qui interprèteront ses dernières œuvres (il tente alors d’imposer à ses contemporains la notion de droits d’auteur et du droit moral que tout créateur doit pouvoir exercer sur son œuvre). Refus du très jeune Louis XIV, ou plutôt de son ministre Mazarin.

Mais pourquoi Corneille se serait-il intéressé à Jean-Baptiste Poquelin dès 1643 ? Une première réponse : Jean-Baptiste a des oncles bailleurs de fonds qui sont en affaires avec Colbert. Pour une troupe, c’est un atout, sans oublier que monsieur Poquelin est Tapissier du Roi. Il n’est pas impossible aussi que le poète ait reconnu dans cet enfant de famille un peu de lui-même. Pour Antoine Adam, « s’il a écrit l’Illusion comique, c’est pour y placer un plaidoyer en faveur du théâtre. Il défend sa cause avec verve, avec chaleur, avec un désir passionné de convaincre. On sent qu’elle lui tient à cœur. Corneille aurait-il souffert, pour son propre compte, du mépris qui s’attachait alors aux choses du théâtre ? A-t-il été renié par les siens ? A-t-il voulu les convaincre qu’ils se trompaient ? Que la carrière dramatique où il s’était engagé était maintenant honorable ? On ignore trop sa vie privée pour mesurer jusqu’à quel point Corneille a eu le sentiment, en plaidant pour les gens de théâtre, de plaider pour lui-même. » (Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, 1997, T. 1, p. 504).

Corneille a donc pu être sensible aux difficultés familiales et sociales qu’éprouvait l’apprenti comédien. On peut aussi supposer que ce dernier plaçait en Pierre Corneille, de seize ans son aîné, tous ses rêves de réussite. D’ailleurs, en 1658 Molière et sa troupe reviendront s’installer auprès de Corneille. Avec son soutien, ils seront reçus par la Reine mère, protectrice du poète, et commenceront une carrière parisienne.

Le verbe molierer était particulièrement en usage dans le nord de la France durant les XVe et XVIe siècles. Pierre Corneille était Normand. L’idée du pseudonyme de « Moliere » peut-elle venir de lui ? Comme l’explique Charles Marty-Laveaux, Corneille est féru de vieux français : « Il n’est pas rare de lui voir accueillir des termes d’un usage assez peu répandu, oubliés par les lexicographes contemporains.  » (Œuvres de P. Corneille, 1862-1868. T. XI, pp. XVI). Pour André Le Gall, Corneille « ne s’interdit pas d’user de formules, d’expressions qui viennent du vieux français. » (Corneille, en son temps et en son œuvre, 1997, p. 442).

Le verbe molierer possède donc une triple qualité qui en fait le pseudonyme idéal pour un comédien : 

• Il signifie, dans son acception la plus fréquente, une terre molle et transformable. Or en ce temps-là, en souvenir des anciens Grecs et du culte naturaliste de Dionysos, dieu de la végétation avant d’être celui du théâtre, presque tous les comédiens choisissent un nom ayant trait à la Nature : La Beaupré, Floridor, Des Lauriers, L’Espy, Du Fresne, Du Pin, La Fleur, Bellerose, Montfleury, Longchamp, Boisvert, Jolimont, La Source, Fleury, Du Boccage, De Brie, Mondory, Mondorge, Hautefeuille, Beauval, De l’Estang, Champfleury, Hauteroche, La Grange, Belleforest, La Raisin, Des Œillets, Du Parc, Champmeslé… Tous ces pseudonymes renvoient à la grande fête des Anthestéries, à la fois cérémonie des fleurs et fête du printemps.

•  Il a une sonorité agréable, ce qui a son importance.

•  Surtout, c’est un verbe puissant, la clef de voûte de la psychologie de l’auteur du Cid : molierer/légitimer.

Que le nom de théâtre « Moliere » dérive d’un verbe n’a rien de surprenant. C’est fréquent notamment avec les noms de personnages de la commedia dell’arte. Sganarelle, c’est le nigaud, le Gobeur, du verbe sgannar(e), se tromper/gober tout. Scapin, c’est le Rusé, celui qui s’en tire, du verbe scappare, s’échapper. Cette habitude de se faire un nom de théâtre à partir d’un verbe était déjà courante sous les règnes de Louis XII et François 1er, ainsi que l’illustre le célèbre bouffon Triboulet : « Le surnom de Triboulet vient, d’après le Bibliophile Jacob, du vieux verbe tribouler, dont il ne reste que tribulation. L’expression de tribouler dans le sens de troubler, froisser, tourmenter, n’est pas rare dans la langue des XIVe et XVe siècles. » (A. Gazeau, Les Bouffons, 1882, p. 72).  

Résumons-nous. Un roi « moliere » un bâtard, une terre molle est « moliere ». Cette double acception en permet une troisième, capitale : la légitimité. Or, métaphysiquement, le lien entre l’auteur et son comédien est aussi profond que celui qui se crée entre la femme et l’enfant, l’homme et la terre.

C’est cette légitimation, selon nous, qui a catalysé la vocation de Jean-Baptiste Poquelin.

« Il y a en Corneille un découvreur ; on ne le dira jamais trop. » constate Georges Couton (La Vieillesse de Corneille, 1949, p. 266). Nous pensons qu’en 1643 Corneille a accepté que Jean-Baptiste Poquelin soit, de façon honorifique, son moliere/légitime, autrement dit son porte-voix, comme l’était déjà officiellement Floridor, le célèbre tragédien qui allait prendre la direction de l’Hôtel de Bourgogne. Pour preuve de leur bonne entente, Pierre Corneille va aider les comédiens qui veulent aménager le jeu de Paume des Mestayers, à Paris. Ils sont prêts à signer un acte de procuration donnant tout pouvoir à un mandataire, mais n’ont pas de répondant. « On n’est pas allé loin pour trouver Pierre Corneille qui mène toute la troupe chez Maître Cavé, son propre notaire, habitant rue de l’Estrade, près du port. Et le solennel tabellion, rassuré et convaincu par son client, avocat du Roi en la Table de marbre, reçoit les signatures des onze comédiens » écrit le corneilliste Armand Le Corbeiller (Pierre Corneille intime, 1936, p. 136. Source : Edouard Gosselin, « Acte authentique constatant la présence de Molière à  Rouen », Revue de la Normandie, 30 avril 1870).

L’hypothèse de Le Corbeiller a été cautionnée par les éminents corneillistes Auguste Dorchain et Georges Dubosc. Certes, le document exhumé par Gosselin n’impose pas l’interprétation de Le Corbeiller, mais il la rend probable, car il est logique que l’Illustre Théâtre ait jugé que le notaire de Pierre Corneille était le plus à même de régler cette sorte de contrat, de même qu’il est naturel que le notaire choisi par la troupe soit celui de Corneille puisqu’elle a foi en Corneille et qu’elle attend beaucoup de lui. D’autre part, pourquoi refuser à Corneille la possibilité d’être urbain envers des comédiens qui l’idolâtrent ?

Sans doute, le tout neuf légitimé aurait préféré regagner Paris avec une pièce inédite de celui que l’élite définira comme  « premier poète du monde pour le théâtre » (Liste des pensionnés établie par Pierre Costar en 1662 et remise à Colbert en vue des gratifications royales). Ce sera pour une autre fois car, comme le souligne André Le Gall, « avec Corneille, tout, toujours continue. » (Corneille, en son temps et en son œuvre, 1997, p. 396). En 1652 la troupe représentera en province Andromède de Corneille, avec le concours de Charles Dassoucy, lequel a écrit la musique de cette pièce et conserve l’amitié de Corneille, comme l’attestent deux lettres. Et en octobre 1658, après un séjour de plusieurs mois à Rouen, Molière et Corneille monteront à Paris où, peu après, la troupe interprètera devant le Roi et la Cour les pièces de Pierre Corneille. Une façon typiquement théâtrale de montrer qui la légitime. Pour Georges Couton, Molière veut être « l’interprète de Corneille, voire s’imposer à Corneille comme son interprète » (Molière, Œuvres complètes, 1971, T. I, p. XXVII). Or, en 1658, les auteurs à succès sont Philippe Quinault ou Thomas Corneille, pas le "démodé" Pierre Corneille.

Le destin de Jean-Baptiste Poquelin, dit « Moliere », est définitivement lancé. Et Pierre Corneille, après une retraite de sept années, peut, grâce à son « Moliere », profiter de ce qu’il fut au début de sa carrière le plus grand « auteur comique » pour commencer une nouvelle carrière, moins glorieuse certes, mais qui le mènera au triomphe de Psyché (1671).

Les moliéristes ne vont pas manquer de demander : si  « Moliere » signifie Légitime, pourquoi le Comédien ne l’a-t-il pas annoncé avec fierté, puisque Corneille était le plus grand poète de France ?

Précisément pour cette raison. S’il s’était publiquement déclaré le Légitime, Poquelin se serait attiré :

•  des moqueries : de 1644 à 1659, il jouait en province surtout des farces ; c’était trop tôt pour afficher sa légitimité ou tout autre prétention.

• des attaques : après 1659, devenu le Bouffon du Roi, il avait trop d’ennemis pour s’en faire d’autres avec une "légitimité" que d’aucuns auraient nécessairement prise en mauvaise part (la création de Dom Garcie de Navarre en 1661 fut, selon nous, son ultime et vaine tentative pour incarner pleinement son pseudonyme).

Dès 1660 Molière travaillait pour le Service du Roi, lequel exigeait le secret. Et sa fonction de bouffon du Roi le dispensait de s’expliquer sur quoi que ce soit. De plus, un comédien prête-nom ne trahit jamais son associé. Sur le long terme, Molière n’avait rien à gagner à causer des soucis à son "fournisseur". D’autant que Pierre Corneille était un homme qui aimait le secret. Pour Georges Couton, « la forme de pensée qui consiste à voir dans l’art et la littérature une cryptographie est certaine chez Corneille. » (Corneille, 1958, p. 8).

Et Corneille lui aussi était tenu à la plus grande discrétion :

•  Vis-à-vis de Sa Majesté : Par soumission au Roi, à qui tout l’honneur d’un spectacle devait revenir, il devait rester dans l’ombre.

• Vis-à-vis de son associé : Jamais Corneille ne donna son opinion sur les faits et gestes de Molière. Attitude qui, a contrario et vu le contexte, révèle qu’il se sentait tenu au secret. 

• Vis-à-vis de lui-même : Corneille n’a mis sa fierté que dans l’édition de son Théâtre complet qu’il ne cessa de retravailler. Le reste, c’étaient des commandes. Le cas de Psyché (1671) révèle les habitudes prises par les deux associés : cette pièce parut en librairie sous le seul nom de Molière alors que Corneille avait fait l’essentiel du travail, comme le prouve « l’Avertissement au Lecteur ». Ajoutons que Corneille ne s’est pas davantage approprié les textes écrits au début de sa carrière pour Richelieu et qui lui avaient été payés par ce dernier.

Enfin, Corneille n’avait aucun avantage à se proclamer l’auteur des comédies-farces de Molière puisque en ce temps-là la comédie était un genre honni par l’intelligentsia, l’Eglise et la Sorbonne.

• Vis-à-vis de l’Eglise : Corneille dépendait de l’Eglise pour l’attribution d’un bénéfice ecclésiastique à son plus jeune fils, abbé. S’ajoute donc, parmi les nombreuses raisons qui lui ont fait ne jamais mettre en avant son association avec le Bouffon du Roi, la crainte de déplaire à ceux qui, en favorisant son dernier fils, pouvaient le débarrasser d’une charge d’entretien qui n’en finissait pas (l’Eglise est-elle rancunière ? Corneille sera exaucé sept ans après la mort de Molière).

 C’est ainsi que la « légitimité » de Molière par Corneille est demeurée ignorée de tous, à l’exception de Madeleine et d’Armande Béjart, de Thomas Corneille, de Louis XIV et d’initiés tels Donneau de Visé, Boileau, l’abbé d’Aubignac ou La Fontaine3. Car le pseudonyme, chargé de significations pour les deux intéressés, n’avait, en dehors de leur complicité et de celle de leurs proches, en raison même de la nature satirique des spectacles moliéresques, que des inconvénients sociaux. Toutefois cette association perdurera jusqu’après la mort de Molière puisque Thomas Corneille, frère de Pierre, s’associera avec Armande Béjart, veuve de Jean-Baptiste, pour le plus grand profit de la troupe qu’elle dirigera.

Somme toute, la collaboration Corneille-Molière aura été le dernier maillon d’une longue et fructueuse association historique : celle des comédiens des  Enfants-sans-souci, dont la troupe de Molière est le dernier surgeon4, avec la Basoche de la Table de marbre, cette redoutable école des clercs qui forma Pierre Corneille à toutes les soties (futures satires moliéresques), et le prépara, comme tous ses prédécesseurs plus ou moins anonymes, à demeurer dans l’ombre d’un farceur vedette devenu le bouffon de Louis XIV5.

Notes et références.

1- Si Corneille est l’"inventeur" de « Moliere », comme nous le supposons, il devait nécessairement connaître cette autre acception, que nous rappelle le Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré : "MOLIERE : nom donné, au XVe siècle, aux boulets en pierre lancés par la poudre à canon." Un nom de guerre idéal pour celui qui dut en province, de 1644 à 1658, "défendre" le théâtre de Corneille et qui, dès son arrivée à Paris, sera projeté sur la scène afin d’écraser le ridicule, le dogmatisme et l’hypocrisie dévote qui gênèrent tellement la carrière de Pierre Corneille. 

2- Le Prince des Sots était le chef des Enfants-sans-souci, comédiens des Halles de Paris. Or la troupe de Madeleine Béjart/Molière, constituée, dès son origine, d’« enfants de famille » (La Grange, 1682) est un surgeon des Enfants-sans-souci.

3- Lire notre étude : « Boileau, d’Aubignac, La Fontaine dévoilent la collaboration Corneille-Molière » (in corneille-moliere.org). Plus généralement, notre thèse Molière, Bouffon du Roi et prête-nom de Corneille (1000 pages, 750 ouvrages utilisés, 2100 citations référencées), publiée par les soins de l’Association cornélienne de France (2007).

4- Pour l’historien Hénin de Cuvillers, les Enfants-sans-souci « étaient des farceurs qui s’étaient réunis depuis quelques années sous le nom d’Enfants sans souci, pour représenter certaines pièces comiques ; ils étaient tous des enfants de famille, formés en société, sous l’autorité d’un chef à qui ils avaient donné le titre de prince des sots ou de la société. Ils avaient inventé un genre de farce qui renfermait une critique fine et sensée des mœurs du temps. » (Des comédiens et du clergé, 1825, p. 97).  Spécialisés dans les scandales, les Enfants-sans-souci brocardaient la religion et la politique, et s’attaquaient à des personnes reconnaissables par le public d’alors, ce que feront Madeleine Béjart, Molière et leurs compagnons, notamment dans Les Précieuses ridicules, La Critique de l’Ecole des Femmes, L’Impromptu de Versailles ou Les Femmes savantes. Les Enfants-sans-souci avaient aussi pour habitude de se mettre eux-mêmes en scène sous leurs propres noms, et de se livrer à la moquerie du parterre, ce que fera aussi la troupe de Molière. La société des Enfants-sans-souci sera dissoute par Louis XIV après la mort de Molière.

5- Lire notre étude : « Molière a les 26 caractéristiques du Bouffon du Roi » (in corneille-moliere.org). Notre ouvrage Tout savoir sur l’affaire Corneille-Molière (2008) étudie en détail ce point capital pour la compréhension du théâtre moliéresque.

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