L'Affaire Corneille-Molière, le site officiel

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2002 : Les découvertes scientifiques de Dominique Labbé ébranlent des certitudes littéraires

2005 : Entrée officielle de l’Affaire Corneille-Molière dans l’histoire de la littérature

Juin 2006 : Premier festival Corneille à l’Honneur au Château de Champ de Bataille”

Octobre 2006 : Parution de l'ouvrage « OTE-MOI D’UN DOUTE… » L’ENIGME CORNEILLE-MOLIERE de Jean-Claude Lefrère et Jean-Paul Goujon

Mars 2007 : L’Imposture Comique ou la collaboration Corneille-Molière se donne en spectacle

Du 24 février au 6 mai 2007 : Quand Molière s’invite chez Corneille

Dimanche 28 octobre 2007 : France 2 présente Secrets d’histoire « Molière a-t-il écrit ses pièces ? »

2002

Les découvertes scientifiques
de Dominique Labbé
ébranlent des certitudes littéraires

Dominique Labbé, professeur de sociologie à
l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble,
reprenant une «méthode scientifique
reposant sur un modèle statistique
permettant de calculer la distance
intertextuelle» (Emeline Mossé), l’a utilisée
pour vérifier la paternité des pièces de
Molière. Il compara Le Menteur (1642) et
LaSuite du Menteur (1643) de Corneille avec le
théâtre signé Molière selon le quadruple
critère de la distance intertextuelle :
l’auteur, le vocabulaire de l’époque, le
thème traité, le genre.

Selon la méthode du calcul de la distance intertextuelle : «une valeur inférieure ou égale à 0,20 ne se rencontre jamais chez des auteurs différents ; entre 0,20 et 0,25, il est pratiquement certain que l’auteur est le même. [...] Dans le cas d’oeuvres littéraires appartenant à deux auteurs différents, le plagiat est certain. » Au-dessus de 0,25, la paternité est plus incertaine.

Dominique Labbé apporte d’autres précisions : « deux comédies en vers de Corneille (Le Menteur et La Suite du Menteur) se situent au centre de gravité de l’oeuvre de Molière, extrêmement proches de L’Etourdi (0, 205), de L’Ecole des Maris et de L’Ecole des Femmes (0,217), du Tartuffe (0,228), du Misanthrope (0,234), de L’Avare (0,244), etc. Une telle convergence ne laisse aucun doute : l’auteur des deux Menteurs est également celui des principaux chefs-d’oeuvre signés par Molière. »

Voici, par ordre chronologique, les pièces signées « Moliere » que Dominique Labbé attribue « avec certitude» à Corneille :

L’Etourdi (1654 ) ; version parisienne (1658)
Le Dépit amoureux (1656) ; version parisienne (1658)
Sganarelle ou le Cocu imaginaire (1660)
Dom Garcie de Navarre (1661)
L’Ecole des Maris (1661)
Les Fâcheux (1661)
L’Ecole des Femmes (1662)
La Princesse d’Elide (1664)
Le Tartuffe (1664)
Dom Juan (1665)
Le Misanthrope (1666)
Mélicerte (1666)
Amphitryon (1668)
L’Avare (1668)
Psyché (1671)
Les Femmes savantes (1672)

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2005

Entrée officielle
de l’Affaire Corneille-Molière
dans l’histoire de la littérature :

Corneille a-t-il écrit les pièces de Molière ?

Le 7 novembre 1919, dans la revue Comedia, Pierre Louÿs (1870-1925), écrivain français né à Gand, lance une information qui fait l’effet d’une bombe à fragmentation de vers : c’est Corneille qui aurait écrit les pièces de Molière ! Pierre Louÿs n’en est pas à son coup d’essai en matière de supercherie : il a réussi à faire croire à l’authenticité grecque des chansons qu’il a lui-même écrites : Les Chansons de Bilitis. Quelle preuve apporte-t-il ? Aucune, mais il se fonde sur le fait que Molière – qui devait être selon lui un simple farceur – n’a pas laissé de manuscrit de ses pièces. Il relève aussi ce que tout le monde sait : Molière et Corneille ont collaboré pour écrire Psyché ; il étend alors cette collaboration à l’œuvre entière ! Et beaucoup s’engouffre dans cette brèche : en 1957, Henry Poulaille publie Corneille sous le masque de Molière ; en 1990, Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, avocats bruxellois, font paraître Molière ou l’auteur imaginaire ? ; enfin, en 2003, Dominique et Cyril Labbé relancent la polémique et le doute ! Alors ? Alors lisez tout Molière, tout Corneille, et ajoutez, dans quelque temps, votre contribution à cette énigme...

Jean-Joseph Julaud, La Littérature française pour les nuls
(2005, First Editions) :
(Encadré, p. 162)

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A l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Pierre Corneille, Akouna et le château de Champ de Bataille présentent la première édition du festival

CORNEILLE A L’HONNEUR

« Vous avez rendez-vous avec le Shakespeare français. »

Corneille par Jean-Jacques Caffieri

Du mardi 6 au dimanche 11 juin 2006
Château de Champ de Bataille (Haute-Normandie)

Lancement du festival « Corneille à l’honneur »

 Quoi de plus enthousiasmant que de lancer un festival autour de Corneille, l’année même de son quadricentenaire, dans la région de sa naissance, au sein du château du Champ de Bataille ! De 1606 à 2006, il a rayonné sur le patrimoine littéraire français, marqué les esprits et nourri les polémiques.

Nous vous proposons, sous la houlette de Franck FERRAND, pour cette première édition intitulée « Corneille à l’honneur » d’accompagner les représentations de l’Illusion comique par une journée exceptionnelle autour du maître. Ce sera l’occasion d’aborder le temps et l’oeuvre de Corneille sous un angle neuf.

Le dimanche 11 juin, pour une journée exceptionnelle, nous vous proposons d’assister à :

o Des conférences sur « Les Amoureux de Corneille ». Franck FERRAND nous parlera des personnalités passionnées qui ont accordé à l’oeuvre de Corneille une place importante dans leur vie : Voltaire, Napoléon, Victor Hugo, le général de Gaulle...

o Des débats autour de Corneille sans oublier les sujets brûlants tels que « Corneille a-t-il écrit certaines des pièces de Molière ? ». Quatre intervenants, spécialistes de Corneille et de Molière, tenants des différentes théories, seront attendus.

o Des lectures dans les jardins du château de Champ de Bataille autour d’extraits choisis des correspondances des contemporains de Corneille. Nous vous offrirons une plongée dans le XVIIe siècle.

Franck FERRAND est historien, écrivain et animateur sur Europe 1 d’une émission sur les personnages et les événements historiques.

RENDRE A CORNEILLE…

par Franck Ferrand

Il est un peu notre Shakespeare, ou notre Cervantès – à cette différence près que les Français l’ignorent ou refusent de l’admettre. Le XVIIe siècle l’avait gentiment oublié et le XIXe siècle, laissé recouvrir d’une glorieuse poussière ; le XXe siècle a tenté de retrouver en lui l’auteur de comédies, l’écrivain politique, le scénographe baroque… Montrons-nous optimistes : il pourrait appartenir à ce début de siècle de rendre enfin pleine justice au génie multiforme et universel du grand Pierre Corneille.

Le temps est révolu, semble-t-il, des simplifications hâtives qui voulaient faire de lui l’auteur catholique, absolutiste et chauvin de tragédies grandiloquentes, rigides, saturées de tirades moralisantes sur l’honneur et la vertu, systématiquement vouées au fameux « dilemme cornélien » écartelant les personnages à la pensée binaire. En relisant vraiment Corneille, en redécouvrant sa langue forte et savoureuse, ses formes totalement variées dans leur raffinement, notre époque aura eu le mérite de ramener au jour une des œuvres les plus riches, les plus palpitantes, de tout le répertoire. Encore faut-il encourager ce sursaut, l’accompagner.

Depuis trois siècles, Corneille avait souffert d’une comparaison doublement biaisée avec Molière et Racine. « Racine peint les hommes tels qu’ils sont, et Corneille, tels qu’ils devraient être » avait tranché Boileau, après Longepierre. D’un côté, la finesse psychologique et pré-romantique de l’héroïne racinienne ; de l’autre, le monolithisme classique du héros cornélien. Las, il faudra bien admettre que le classicisme appartient plutôt à Racine, quand Corneille est avant tout baroque ; que les pièces de celui-ci réservent aux femmes une place au moins aussi cruciale que les drames de celui-là ; et que l’aîné ne le cède en rien, pour ce qui est des subtilités psychologiques, à son brillant rival. Quant à Molière… Sans entrer dans la polémique actuelle, force est d’admettre que des indices innombrables et sans cesse accrus, plaident en faveur d’une intervention déterminante de Corneille dans son œuvre.

Il est grand temps, à la vérité, de cesser d’opposer Corneille à des rivaux qui furent, l’un son émule, l’autre – au mieux – son disciple. Une œuvre de cette ampleur doit être considérée en elle-même et pour elle-même.

Je satisfais ensemble et peuple et courtisans,
Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans ;
Par leur seule beauté ma plume est estimée :
Je ne dois qu’à moi seul toute ma renommée ;
Et pense toutefois n’avoir point de rival
A qui je fasse tort en le traitant d’égal. 

Comment, dans notre monde peu accueillant au grand style, et où l’audience du théâtre ancien se réduit comme peau de chagrin, comment sensibiliser un vaste public à ce trésor caché d’une œuvre étouffée par trop d’encens officiel ? En faisant jouer Corneille, en le portant au devant des gens. Si tu ne viens à Corneille… Le quatrième centenaire de sa naissance nous a paru l’occasion rêvée de marquer l’opinion, en fondant les bases de ce qui pourrait devenir un grand rendez-vous printanier, festival théâtral et littéraire, dédié au maître rouennais. Redonner une actualité au plus actuel de nos anciens auteurs, à travers des représentations de ses pièces illustres ou oubliées, mais aussi grâce à des lectures, des débats, des conférences et des rencontres ; pourquoi pas, même par le biais d’un grand signe de piste ?

Presque déifié de son vivant, excessivement statufié dans la mort, Pierre Corneille a le plus grand besoin qu’on le montre humain et vivant, bien humain et bon vivant. C’est aussi l’objectif de cette semaine Corneille à l’Honneur au Champ de Bataille ; que la résurrection ait lieu dans les parages de Rouen est plus qu’un signe : une bénédiction.

Franck FERRAND

LE CHATEAU DU CHAMP DE BATAILLE

Il est impossible d’évoquer l’histoire du Château du Champ de Bataille sans parler de Jacques Garcia. Cet homme qui a l’habitude d’aller jusqu’au bout de ses passions, acquiert en 1992 l’un des plus imposants châteaux du XVIIIe siècle français, situé en Normandie, à une centaine de kilomètres de Paris.

En l’espace de cinq ans, Jacques Garcia y ressuscite des splendeurs princières, livrant à cette demeure le meilleur de luimême. A lui seul, Champ de Bataille offre l’étendue du talent de Jacques Garcia, un mélange de genres, d’alliances, d’emprunts qui exalte le grand goût, livrant un enchaînement de salons, galeries, cabinets de jeux, bibliothèques, richement décorés, admirablement meublés.

Jacques Garcia s’intéresse très vite aux jardins qui entourent le château. La restitution des jardins à la française, dans l’esprit des créations d’André Le Nôtre, tels qu’ils avaient été pensés à l’origine, avec bosquets, parterres dessinés, bassins, allées, terrasses, plans d’eau et fontaines permettent de redonner à Champ de Bataille son unité initiale.

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Octobre 2006

PARUTION DE L’OUVRAGE

« OTE-MOI D’UN DOUTE… » L’ENIGME CORNEILLE-MOLIERE

de Jean-Claude Lefrère et Jean-Paul Goujon

Pour la première fois l’Affaire Corneille-Molière fait l’objet d’un essai écrit par deux représentants de l’Université, Jean-Claude Lefrère et Jean-Paul Goujon. L’ouvrage a le défaut de ses qualités. Il est relativement complet mais presque toujours superficiel. Les références sont nombreuses et sérieuses mais le discours reste, malgré plus de quatre cents pages serrées, des plus timorés. Les auteurs n’ont jamais voulu se départir d’une neutralité qui, certes, a ses vertus, mais peut bien souvent agacer puisqu’ils n’avancent pas un seul argument en faveur des thèses de Pierre Louÿs sans aussitôt en avancer un contre elles. Ce parti pris de ne pas vouloir prendre parti a l’inconvénient, selon nous, de frustrer le lecteur et de ne pas lui permettre la satisfaction d’adhérer à l’une ou l’autre des deux thèses irréductiblement opposées.

On peut aussi regretter que les auteurs, pour ne pas se mettre à dos leurs confrères de la Sorbonne, aient systématiquement oublié de citer les défenseurs de la collaboration Corneille-Molière, alors qu’ils témoignent de la plus grande considération pour le moindre propos de Messieurs les universitaires même si, au passage, parfois, ils osent un bémol à leur encontre. Au final, « Ote-moi d’un doute… » L’Enigme Corneille-Molière  constitue une excellente introduction au dossier Corneille-Molière, mais n’apporte aucune vision d’ensemble, ne met en valeur aucune cohérence psychologique de l’un ou de l’autre associé et ne présente aucun élément nouveau. Pour cela, il faudra attendre la parution du très copieux livre de Denis Boissier qui, lui, ose prendre position et, par de nombreux indices troublants, multiplie les connexions inédites. En un mot : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Corneille, Molière et Louis XIV, mais que personne n’avait jamais osé mettre en pleine lumière.

Jérôme Richter


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Mars 2007

L’Imposture Comique 

ou la collaboration Corneille-Molière
se donne en spectacle

Une pièce existe qui traite intelligemment de la collaboration entre Pierre Corneille et Molière, celle de Pascal Bancou, L’Imposture Comique. Elle fut crée en 2000 au théâtre de la Huchette dans une mise en scène de Xavier Lemaire, avec Claude Debord, Benjamin Egner, Stéphanie Mathieu et Marc Siemiatycki. Aujourd’hui c’est le Théâtre Des Beaux-songes, dirigé par Gilles Denain, qui la reprend et espère la faire connaître d’un public toujours plus nombreux. A la différence de la version précédente qui traitait la pièce sur le mode de la farce, le Théâtre Des Beaux-Songes, à qui l’on doit déjà une douzaine de spectacles, l’aborde d’une manière plus réaliste.

Résumé de la pièce :

Et si Corneille était l’auteur de certaines des pièces signées Molière ? Et si la future femme de Molière, Armande Béjart, n’ignorait rien de cette collaboration  ? Se rendant chez Corneille pour lui commander une pièce, Molière le supplie d’intercéder en sa faveur auprès de la jeune Armande Béjart qu’il désire épouser. Car Armande, si elle est fascinée par le comédien favori de Louis XIV, apprécie beaucoup moins son caractère cabotin et superficiel. C’est alors que Corneille s’éprend à son tour de la belle et subtile Armande.

Note de mise en scène et parti pris :

« Nous aurions pu prendre le parti de la farce ou de la comédie classique telles qu’elles étaient conçues au dix-septième siècle, mais nous avons voulu privilégier un jeu plus intérieur et ainsi se rapprocher d’un univers à la Pirandello, dont cette pièce n’est pas sans s’inspirer. Car c’est une comédie dont les personnages sont eux-mêmes en quête de l’écriture d’une comédie et leur histoire va se retrouver au centre de leur création. L’Imposture Comique est à L’Ecole des Femmes ce que Shakespeare in love est à Roméo et Juliette : l’histoire de la genèse d’une œuvre vue de façon romancée. Dans un style littéraire très proche de celui de Corneille et de Molière, Pascal Bancou s’amusant à nous montrer leurs relations sous un angle original, à la fois professionnel et amical. Par petites touches il nous fait pénétrer au centre des préoccupations de ces deux génies créateurs. Les nombreuses références aux œuvres de Corneille et de Molière qui parsèment la pièce sont autant de clins d’oeil. Mais, en même temps, cette pièce est contemporaine et son sujet principal  – les relations controversées entre les deux pères fondateurs du théâtre classique français – toujours d’actualité. Comme plusieurs possibilités sont offertes au sein de L’Imposture Comique, les tenants de la version officielle et ceux persuadés de la collaboration entre les deux hommes seront également satisfaits. La scénographie se veut simple et en harmonie avec l’austérité du cabinet de travail de Pierre Corneille, dans laquelle toute la pièce se déroule. » Gilles Denain. »

Interview :

Jérôme Richter : Pourquoi le choix de L’Imposture comique ?

Gilles Denain : Parce que L’Imposture Comique pose clairement la question de la collaboration entre Corneille et Poquelin à savoir : Qui est Molière ?  Pierre Corneille ? Jean-Baptiste Poquelin ? L’un était-il la plume, l’autre le masque ?

J.R. : Même si dans la pièce la collaboration est un fait allant de soi Pascal Bancou ne défend pourtant aucune thèse.

Gilles Denain : En effet, cette pièce offre plusieurs éclairages sur cette énigme. Elle a l’avantage de susciter les débats autour des œuvres de ces deux plus grands auteurs classiques et de s’adresser à tous les publics, à tous les professeurs de français, à tous les élèves de collège et de lycée qui ne peuvent être qu’interpellés par les interrogations que pose L’Imposture comique.

J. R. : Comment en êtes-vous arrivé à mettre en scène cette pièce ?

Gilles Denain : Depuis des années j’effectuais des recherches sur la collaboration entre Corneille et Molière. C’est ainsi que j’ai découvert la première pièce de Pascal Bancou, L’Imposture Comique. J’ai eu envie de la mettre en scène et j’ai rencontré l’auteur qui a soutenu le projet. Cette œuvre nous permet d’entrer dans l’intimité de Corneille et de Molière, de découvrir leurs rivalités, leur complicité, leurs obsessions, leurs émotions.

J.R. : Il y a aussi Armande…

Gilles Denain : A sa façon, elle est essentielle. Ils sont là, avec tout leur talent, dépassés par une jeune femme encore plus habile qu’eux dans la façon de mener une intrigue et de manipuler des sentiments sincères.

J.R : Comment définiriez-vous d’un mot L’Imposture comique ?

Gilles Denain : C’est un hommage à Molière par les caractères et les situations comiques, un hommage à Corneille par son dilemme cornélien.

J. R. : Il est rare qu’un comédien, même s’il est metteur en scène, ose douter de la paternité des œuvres de Molière.

Gilles Denain : Travaillant dans des troupes de Théâtre depuis trente ans, en tant qu’auteur, metteur en scène et comédien, je ne pouvais que me sentir concerné par l’affaire Corneille-Molière  lorsque j’en ai pris connaissance en 2003. Cette année-là plusieurs travaux donnaient un éclairage nouveau aux relations entre les deux hommes et mettaient en évidence leurs interconnections. Au début, c’est par curiosité que j’ai commencé à étudier l’affaire : je voulais me faire mon opinion. Puis, passionné par différentes découvertes, j’ai continué mes recherches dans les Œuvres complètes des deux auteurs. Mon objectif était de monter un projet théâtral autour de cette histoire. En octobre 2006, j’ai eu l’occasion de lire le texte de Pascal Bancou qui correspondait à ce que je voulais montrer sur une scène. Le projet fut donc mis en route. Le rôle de Pierre Corneille est interprété par Christian Besson, celui de Jean-Baptiste Poquelin par Georges d’Audignon, Armande par Maria Nozières et Thomas Corneille par moi-même.
J.R. : Croyez-vous personnellement à la collaboration Corneille-Molière ?

Gilles Denain :Quelle que soit notre opinion sur les relations de Corneille et de Molière, il est indéniable qu’il a existé entre eux, outre une collaboration, une amitié complice qu’il me semblait intéressant de mettre en évidence sur scène. C’est ce que la pièce de Pascal Bancou permet remarquablement. Aujourd’hui le spectacle est prêt et les premiers spectateurs qui ont découvert ou redécouvert L’Imposture comique ont semblé très satisfaits de pouvoir librement s’interroger.

Propos recueillis par Jérôme Richter.

La compagnie du Théâtre Des Beaux-songes est prête à répondre à toutes offres de représentations que ce soit dans un cadre professionnel, scolaire ou associatif.

Contact :

Théâtre Des Beaux-songes
17 rue de Viarmes
95270 Seugy
01 30 35 84 99
gillesdhenein@wanadoo.fr

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du 24 février au 6 mai 2007

« Quand Molière s’invite chez Corneille »

Musée départemental Pierre Corneille

L’exposition présentée à la Maison des Champs de la famille Corneille revêt une double finalité : une évocation de la présence de la troupe de Molière à Rouen, ses relations avec les deux frères Pierre et Thomas Corneille et la présentation aux visiteurs de quelques acquisitions qui ont permis récemment de faire entrer Molière dans les collections du musée.

Ce titre un peu provocateur est quelque part un clin d’œil aux érudits et spécialistes du XVIIe siècle qui se sont penchés sur les pièces d’archives disponibles pour essayer de comprendre bien avant les logiciels utilisés aujourd’hui la nature de ces relations. L’exposition se gardera bien d’entrer dans la polémique de ces dernières années : Corneille auteur des pièces de Molière.

Nous nous excusons d’ores et déjà auprès de nos visiteurs qui n’auront d’autre alternative que de quêter quelques réponses auprès des spécialistes ou laisser parler leur cœur en faveur de Molière ou de Corneille.

Il existe peu de documents écrits du vivant des frères Corneille susceptibles de démontrer l’inévitable complexité et la richesse de la rencontre avec Molière. Il n’en n’est pas moins important de montrer dans ce musée tout entier et presque entièrement consacré à Corneille, qu’aucun artiste ne peut vivre et travailler à l’écart des autres, sans échange avec son environnement social.

Du reste au XIXe siècle, époque où l’étoile de Pierre Corneille est au plus haut, où tout est prétexte à le commémorer, le glorifier, de nombreux artistes n’ont pu résister au plaisir de mettre en scène Molière et Corneille : c’est un tableau de J.-L. Gérôme Une collaboration (Molière écoutant les conseils de Corneille) dont on présente une gravure, une petite pièce de théâtre, Racine chez Corneille ou la lecture de Psyché, jouée à Rouen en 1825, ou encore une médaille frappée en 1854  à la double effigie de Corneille et Molière…

A partir des collections du musée départemental Pierre Corneille de Petit-Couronne et à l’aide des prêts consentis par les musées d’Evreux, Dieppe et celui de la Comédie-Française à Paris, cette exposition, qui ne prétend pas à être exhaustive faute de place, propose une évocation pacifique des relations inévitables entre une troupe de théâtre venue à Rouen en 1658 menée par un directeur ambitieux, Jean-Baptiste Poquelin, et un grand auteur passionné par l’avenir du théâtre et ses nécessaires réformes, Pierre Corneille…

Laissons le rideau se lever….

Sophie Fourny-Dargère
Conservateur-directeur du musée
502, rue Pierre Corneille
Petit-Couronne
Tél : 02.35.68.13.89.

Ouvert de 10 h à 12h30 et de 14h à 18h (17h30 après le 1er octobre).
Fermé, le mardi, dimanche matin et certains jours fériés.

Entrée : 3€ / tarif réduit : 1€50. Gratuit pour enfants, scolaires, étudiants.

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Dimanche 28 octobre 2007

France 2 présente

SECRETS D’HISTOIRE
« Molière a-t-il écrit ses pièces ? »

Molière a marqué l’histoire de la littérature française au point d’être l’un de ses plus illustres ambassadeurs. Certains de ses vers sont passés dans le langage commun.  Trente-six pièces et cinquante et une années de vie ont suffi à Jean-Baptiste Poquelin dit Molière pour devenir un mythe, une légende. Et pourtant ! Ou plutôt justement ! La légende n’est-elle pas trop belle ? La paternité de son œuvre est contestée.

Présenté par Stéphane Bern, à partir d’extraits de films, de documentaires et de riches archives qui illustrent les propos tenus par les intervenants tant à travers les reportages qu’en plateau, grâce aussi à l’intervention de Philippe Charlier et Clémentine Portier-Kaltenbach qui apportent leurs points de vue de scientifique et de journaliste, "Secrets d’histoire" met en lumière certains mystères non élucidés de l’histoire.

Interviendront également dans l’émission :

- Philippe Torreton, comédien, qui joue et met en scène Dom Juan au théâtre Marigny

- Delphine Peras, journaliste à l’Express, favorable à la thèse de Denis Boissier

- Patrick Dandrey, professeur de littérature Française du XVIIe siècle à la Sorbonne. Selon lui, l’affaire Corneille-Molière est un canular

- Claude Bourqui, spécialiste du théâtre du XVIIe siècle

- Véronique Sternberg, maître de conférences à l’université de Valenciennes, spécialiste de la comédie du XVIIe siècle et du théâtre du XVIIe siècle.

NOTRE COMMENTAIRE :

Pour la première fois, la télévision française aborde l’Affaire Corneille-Molière et, ce faisant, lui donne en quelque sorte droit de cité. C’est une victoire pour tous ceux qui, relégués dans l’ombre médiatique, travaillent à faire connaître au grand jour cette affaire qui agace tellement la Sorbonne. Enfin, le grand public a pu se rendre compte que la vie et la carrière du Comédien n’étaient pas exemptes d’obscurités, ni à l’abri d’une enquête sur la paternité de ses pièces car sitôt que l’on étudie celles-ci et que l’on se familiarise avec la pratique généralisée au XVIIe siècle du prête-nom et de la collaboration anonyme… le doute s’installe.

Les téléspectateurs purent ainsi apprendre que le magnifique et génial Molière était aussi Jean-Baptiste Poquelin, fils d’un tapissier, mari cocu et courtisan favori de Louis XIV – et découvrir que sa carrière avait, dès ses prémices en 1643,  rencontré celle de Pierre Corneille et ne s’en était jamais détachée…

Dans leur ensemble les téléspectateurs ont apprécié cette émission agréablement montée et bien illustrée, quoique les portraits que l’on nous donna à voir n’offrent aucune garantie de représenter Molière. Ne furent déçus ou désappointés que les tenants des deux thèses si âprement opposées. Les moliéristes furent contrariés par l’existence même d’une telle émission, à leurs yeux sacrilège, aussi inutile que dangereuse. Les continuateurs de Pierre Louÿs (le premier à lancer l’Affaire Corneille-Molière en 1919) regrettèrent que les concepteurs de l’émission aient choisi de ne pas trop brusquer les habitudes de penser. Bien que l’enquête ait débuté avec une réelle indépendance d’esprit (sans doute pour "accrocher" le public), il n’était que trop évident qu’avec un méthodique savoir-faire le réalisateur cherchait à rasséréner ceux qui commençaient à se poser des questions. Aussi avons-nous apprécié que, sur le plateau animé par Stéphane Bern, l’historienne Clémentine Portier-Kaltenbach dise sans détours : « Louis XIV l’appelait son "bel-esprit", mais je pense que c’était une façon de qualifier celui qui fut en réalité son bouffon favori, car Molière est un bouffon. Mais il n’y a rien de péjoratif derrière cette notion car le bouffon est un être unique, il a une place à part. C’est un être indispensable pour un souverain, surtout un souverain comme Louis XIV qui est un monarque absolu. » A notre connaissance, c’est la première fois que la thèse principale de Denis Boissier est énoncée comme un fait allant de soi. L’historienne Clémentine Portier-Kaltenbach a-t-elle, dans un souci d’impartialité, visité notre site ? C’est ce qu’a fait pour sa part le réalisateur du documentaire, Pierre Belet, lequel y a trouvé tous les éléments pour rédiger son commentaire. Tant mieux ! Constatons toutefois que si d’un côté chacun cherche à minimiser l’apport des thèses de Denis Boissier, d’un autre côté on s’approprie un peu partout ses vues neuves et fécondes sur Molière.

Si furent plusieurs fois indiquées des pistes intéressantes et ouvertes des brèches dans le dogme moliéresque tel qu’il est enseigné à l’Ecole,  l’indépendance d’esprit du début a au final rejoint la biographie officielle à laquelle les moliéristes eux-mêmes ne croient désormais plus autant, mais qui reste l’outil indispensable du culte national qu’on lui voue et que M. Forestier résuma ainsi : « Quel comédien ne serait-il pas allé voir le grand Corneille ? De là à dire que leurs relations sont allées plus avant, c’est un risque tellement grand que le jeu n’en valait pas la chandelle.»

Nous pensons, au contraire, que dans l’intérêt de la vérité il faut parfois courir ce « risque tellement grand » et surtout tellement redouté par le coryphée des moliéristes. Toutefois le réalisateur Pierre Belet ne souhaitait pas lui non plus trop déranger le public. Et encore moins le responsable du direct qui n’accueillit sur son plateau que des interlocuteurs bien conditionnés à accepter le légendaire moliéresque. Un exemple parmi tant d’autres : lorsque fut souligné que la bibliothèque du « génial écrivain » comptait moins de deux cents ouvrages (au lieu de un à trois mille comme il eût été logique), l’historienne Isabelle Heullan-Donat, chargée de défendre l’idole nationale, rétorqua que c’était ce que possédait à cette époque tout bon bourgeois…Certes, mais alors, n’en déplaise aux moliéristes, n’est-ce pas une preuve que Molière n’était pas un authentique écrivain comme Racine ou Corneille, lesquels possédaient une vaste bibliothèque, en accord avec ce qu’ils furent !

Afin de bien circonscrire les suspicions qui auraient pu naître dans l’esprit des téléspectateurs, avaient été aussi embauchés deux comédiens fort sympathiques qui chantèrent les louanges de qui vous savez. Quand vint le moment du débat, animé par le présentateur Stéphane Bern, on a pu constater que n’avait été invité aucun des spécialistes de l’Affaire-Corneille-Molière – que ce soient MM. Hippolyte Wouters, Dominique Labbé ou Denis Boissier – lesquels nous auraient révélé bien des faits dérangeants. Au professeur Patrick Dandrey, vétéran du moliérisme de la Troisième République, ne fut opposée que la journaliste Delphine Peras, attachée à l’Express et à Lire. Rôdé aux effets de manches et trop habitué à parler devant ses étudiants, le professeur Dandrey déclara que Molière n’avait jamais rencontré Corneille avant 1665 (date de L’Etourdi) et affirma, sans jamais les avoir étudiées, que nos recherches étaient un « canular ». Le ton du débat était donné.

Les téléspectateurs de France 2 ont donc assisté à une émission agréable mais partiale dont le grand mérite, à nos yeux, est d’être la première à aborder l’Affaire Corneille-Molière. Remercions-la aussi d’avoir, en dépit du dénigrement universitaire qu’incarnent parfaitement MM Dandrey , Bourqui et Forestier, signalé – et ce fut le dernier mot de l’émission – l’existence du site corneille-moliere.org.

Jérôme RICHTER

L'Affaire Corneille-Molière, le site officiel
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